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Pétrole et pétro-dollars

Trump est passé de nouveau à l’action. Faisant fi du droit international et
s’asseyant allègrement sur le Congrès américain il a monté une
opération militaire contre le Vénézuéla, pays souverain. Cette opération
consistait à enlever le président Nicolas Maduro et à tenter de
déstabiliser le régime en place. Au grand ravissement de la majorité des
médias français et d’une droite bien-pensante. Pour ne pas dire plus.

Le mensonge comme arme politique

Qu’on soit d’accord ou pas avec la nature du régime vénézuélien, il est
intolérable que le président américain « joue » avec les peuples et les
pays. Au nom de quoi peut-on s’arroger le droit d’intervenir dans les
affaires d’autrui ? Le motif invoqué : Maduro serait accusé de trafic de
drogue ! Quand on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage. La ficelle
est un peu grosse. Trump n’est pas le premier à utiliser le mensonge
pour justifier une action injustifiable. Les Etats-Unis d’Amérique nous ont
déjà habitués à ce genre d’exercice. Rappelons seulement le cas de
l’Irak en 2003. Saddam Hussein disposait – paraît-il – à l’époque d’une
arme de destruction massive. On se souvient de l’intervention surréaliste
de Colin Powell à la tribune des nations unies à New-York. Le secrétaire
d’Etat américain, sans rire, montrait fièrement à l’assistance une petite
fiole qui était censée contenir un échantillon de la fameuse arme de
destruction massive.
Une intervention militaire démarrait alors en Irak, avec une large
coalition. Sans la participation de la France. Cette coalition devait
s’avérer massive, brutale. Pour quels résultats. Un pays ravagé.
Plusieurs centaines de milliers de morts. Et une porte ouverte à Al Kaida
et à différents mouvements islamistes qui vont semer la terreur partout
dans le monde, surtout au Proche-Orient. Moralité, quand les Américains
passent tout trépasse.
Revenons au Vénézuéla. Le motif réel de l’histoire, ce n’est pas pour les
beaux de Chimène, ni pour « libérer » les habitants du pays. Mais bien
pour le pétrole. D’ailleurs Trump, dont l’hubris n’est plus à démontrer, l’a
dit sans ambages. Le pétrole nous appartient. Il a nous été volé par
Chavez. Il doit donc nous revenir. Sinon gare.

Dans notre pays cette action militaire contre le Vénézuéla a été saluée
par la grande majorité des médias. Répétons-le. Dans cette affaire, on a
beaucoup parlé de Maduro le dictateur. Rien ou peu sur cette action. Le
peuple vénézuélien va enfin être libre ! De quoi ? Ce fut la position, entre
autres, de notre président de la République, toujours prompte à se
coucher devant le grand protecteur de l’Occident.
Les pétrodollars règnent en maître

Combien y a-t-il de dictateurs sur cette planète ? Beaucoup trop. Là
aussi prenons un exemple. Les pays du Golfe, riches en pétrole et en
régimes ultra autoritaires, voire plus. Trump n’y trouve rien à redire. Et
pour cause, ces pays sont des alliés sûrs avec des intérêts qui
s’entrecroisent. N’oublions pas au passage que les pétrodollars y
règnent en maître. Là pas de concurrence avec le yen chinois qui est la
monnaie d’échange lors des transactions financières entre la Chine et le
Vénézuéla, par exemple. La Chine achetant une bonne partie de la
production de pétrole à ce dernier pays. Tout pour plaire à Trump.
Dans sa folie des grandeurs et son sens aigu des affaires le président
des Etats-Unis compte aller plus en avant. A qui le tour désormais ?
L’homme à la cravate rouge et à la crinière au vent veut annexer le
Canada, le Groenland, s’attaquer à la Colombie, au Nicaragua et veut
sacrer Marco Rubio, son secrétaire d’Etat, roi de Cuba !
La messe est dite.

La gauche doit s’interroger

Revenons au Vénézuéla. Une question se pose sur la nature du régime
et de son évolution depuis la disparition d’Ugo Chavez. La vraie gauche
française ne peut l’éluder.
Comme le disait un vieux communiste : « On nous en a fait avaler des
couleuvres, combien d’espoirs déçus. Où sont passées la Révolution
d’Octobre et les glorieuses émancipations en Amérique latine ? ». Il y a
de quoi méditer, analyser et répondre à ces interrogations. Il en va de la
crédibilité des idées révolutionnaires. Cela ne veut pas dire s’associer à
la meute des réactionnaires de tout poil.
Nous devons être plus que jamais solidaires du peuple vénézuélien.
C’est à lui et à lui seul de choisir son propre destin.

Jules Pietri