Posted in

Édito : Bilan et perspectives à Gauche en Corse après les municipales

Avec le second tour des élections municipales, un moment démocratique, mais aussi très politique, vient de se conclure, tout en constituant une nouvelle étape dans un scénario déjà bien prévisible.

Ainsi au niveau national :

– l’abstention est globalement toujours en progression (au niveau national, au premier tour elle était de 42,9 %, soit + 6,45 % par rapport à 20141) et est toujours plus forte dans les quartiers populaires,

– l’implantation du RN apparaît durable et est désormais contagieuse dans ses bastions du Nord et du Sud-Est, avec cependant une contre performance notable dans les grandes agglomérations et les quartiers populaires, là où LFI apparaît comme l’alternative,

– la poursuite de la descente aux enfers du PS qui ne peut masquer ses échecs (perte de municipalités ou rétrogradation derrière LFI) en se cachant derrière ses ‘victoires’ à Paris ou à Marseille, lui-même entraînant dans sa chute ses partenaires, notamment Les Écologistes,

– la stratégie électorale de LFI, misant sur la mobilisation des abstentionnistes, notamment ceux des quartiers populaires2, lui a permis de s’imposer dans plusieurs des grosses communes où elle présentait une liste, seule ou associée à d’autres forces.

Ce constat est en grande partie également valable pour la Corse avec :

– une abstention qui progresse encore plus nettement par rapport à 2014, notamment dans les deux plus grosses communes de l’île avec, au 1er tour, un taux de 37,09 % à Ajaccio, soit +8,35 %, et un taux de 36,75%, à Bastia, soit +16,03% ;

– une abstention qui concerne ici aussi avant tout les quartiers populaires avec, au 1er tour, à Ajaccio un taux de 29,21% (Hôtel de ville), 34,4% (Résidence des Iles), 39,67% (Simone-Veil) et 42,48% (Jean-Moulin) et à Bastia un taux de 22,97% (Ancienne mairie), 31,49% (IRA) et 44,38% (Defendini),

– une abstention dans les quartiers populaires qui se double en outre d’un vote plus marqué pour le candidat d’extrême-droite avec, au 1er tour, à Ajaccio (Filoni) un résultat à 12,79% (Hôtel de ville) et à 26,25% (Jean-Moulin) et à Bastia (Battini) un résultat à 10,47% (Ancienne mairie) et à 24,46% (Defendini),

– la confirmation du niveau d’étiage autour de 10% en ce qui concerne le vote pour la Gauche (sans LFI), avec cependant une différence, c’est ici le PCF qui poursuit sa descente aux enfers (3,91% à Bastia).

Néanmoins, la comparaison s’arrête là, car contrairement au continent, les partis appartenant à la mouvance nationaliste corse, bien que divisés, voire opposés, occupent un espace politique très large. Les partis institutionnels de la Gauche ou de la Droite ont cédé aux ambitions personnelles et aux combinaisons politiques contre nature. Cet état de fait exacerbe le désengagement de la population vis-à-vis de la politique, n’enraye pas la progression de l’extrême-droite (voire certains propos la favorise) et rend plus compliquée l’expression d’une force authentiquement de Gauche.

Pour autant, ce qui vient de se passer avant et après l’élection, a permis de constater à Gauche :

– une clarification politique longtemps attendue, mais toujours reportée pour cause de recherche d’une union des forces de Gauche, union que nous savions à la fois moribonde et rejetée par les électeurs,

– l’apparition de nouveaux acteurs et la promesse d’une nouvelle dynamique, tant avec Charlotte Cesari qu’avec Sacha Bastelica et leurs colistiers (certes apparue dans un contexte électoral toujours mobilisateur).

Une fois cela posé, il faut construire et c’est ce que, de Charlotte Cesari à Sacha Bastelica, il nous est à toutes et à tous demander de faire. Mais pour cela, il faut préalablement faire un point sur toutes les forces qui, en Corse, veulent réellement faire émerger une véritable alternative clairement de Gauche et en rupture avec les politiques néo-libérales et le clientélisme. De fait, le chantier de cette refondation espérée est peut-être pour demain et il sera nécessairement mené avec une nouvelle génération de militant-e-s.

Pour autant, dans les trois ans qui viennent, nous aurons aussi toutes et tous à affronter collectivement, outre l’extrême-droite et la méfiance accrue des classes populaires vis-à-vis de la Politique, les échéances à venir que sont le débat sur l’évolution institutionnelle de l’île, l’élection présidentielle qui aura nécessairement des répercutions en Corse, surtout si la Gauche de rupture ne présente pas un-e candidat-e unique, et l’élection des conseillers de l’Assemblée de Corse.

Dès lors, il nous faudra impérativement éclaircir certains points programmatiques, car si nous sommes d’accord sur l’analyse, des divergences peuvent apparaitre sur les orientations et mieux nous serons clairs, mieux nous pourrons travailler ensemble.

Inseme à Manca – L’APRES 25 mars 2026

1 Source : ministère de l’Intérieur. Les autres données relatives aux élections sont de la même source, mais aussi de l’édition du 26 mars 2026 du quotidien Corse-matin (résultats par bureau).

2 À Saint-Denis, en Seine-Saint-Denis, l’abstention (au premier tour) a baissé de 1 % entre 2014 et 2026 avec l’élection de Bally Bagayoko (LFI-PCF).