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Les municipales 2026 comme expression de la radicalisation de la bourgeoisie

par Philippe Ollandini

Lors de ces élections municipales 2026 et surtout depuis l’annonce des résultats du premier tour et des fusions de listes à Gauche, les candidat-e-s et les états-majors de la Droite, relayés, voire inspirés par les propagandistes médiatiques, expriment ouvertement leur haine de classe, haine qu’elles et ils attribuaient pourtant exclusivement à LFI il y a peu.

Je reviendrais pour illustrer cette réaction (à tous les sens du terme) sur deux épisodes (parmi beaucoup d’autres), celui de la campagne ouvertement raciste contre le nouveau maire de Saint-Denis-Pierrefitte, Bally Bagayoko, et celui d’une affiche de campagne d’ente deux tours de Jean-Michel Aulas, candidat de la Droite à Lyon.

Dans le premier cas, alors qu’il vient à peine d’être élu dès le premier tour à la tête d’une liste LFI-PCF, Bally Bagayoko a été pris pour cible, moins pour son appartenance à LFI, mais pour ce qu’il est et ce qu’il représente. C’est d’abord l’extrême-droite qui va propager sur les réseaux sociaux, à peine quelques heures après sa victoire, une citation dans laquelle il aurait qualifié Saint-Denis de « ville des Noirs », quand en réalité il avait évoqué, lors de l’entretien et à trois reprises, « la ville des rois et du peuple vivant »1. Des personnalités de la Droite ont cependant relayé cette manipulation ouvertement raciste, ainsi que des journalistes, comme Apolline de Malherbe sur RMC le 17 mars (avant de s’en excuser publiquement le même jour). Parallèlement, la fausse citation a également été complaisamment diffusée par la chaîne d’extrême-droite CNews2, qui lui a ainsi consacré pas moins d’un ‘débat’. Et le même jour, sur BFMTV, Tugdual Denis, directeur de la rédaction du magazine d’extrême-droite Valeurs Actuelles3 s’était demandé si Bally Bagayoko était à la main des narcotrafiquants, sans fournir le moindre élément factuel à l’appui.

Dans le second cas, à Lyon, ville où fut torturé Jean Moulin en 1943, Jean-Michel Aulas a laissé diffuser un tract dont le fond s’inspire sans équivoque de l’Affiche rouge, éditée et placardée par l’occupant nazi en février 1944 dans le but de déligitimer les résistants du groupe de Missak Manouchian. En utilisant les codes visuels de cette affiche pour y faire figurer le maire sortant Grégory Doucet, des élus de gauche dont Rima Hassan, Raphaël Arnaud ou encore la candidate socialiste Sandrine Runel, avec en sous-titre la formule « L’alliance de la honte » (voir ci-dessous), Jean-Michel Aulas et, plus largement, la Droite lyonnaise et rhônalpine, ont franchi la ligne rouge de l’ignominie à côté de laquelle les accusations d’antisémitime proférées contre la Gauche apparaissent presque comme du badinage.

Ainsi, depuis le 15 mars, quelque chose de très révélateur s’est produit dans le camp de la Droite et de la bourgeoisie. Confrontés à la volonté de la Gauche de s’unir4 face à l’Extrême-droite et à une Droite qui dérive hors du camp républicain et à des résultats du premier tour qui ne leur sont globalement pas favorables5, ses candidat-e-s ont sorti de leurs arsenaux les armes les plus basses. Et parmi celles-ci, une affiche d’une indignité rare et des infox ouvertement racistes. Voilà ce qu’elles et ils utilisent désormais après avoir constatés que les accusations de violence et d’antisémitisme ne leur rapportaient rien électoralement. Mais ces ‘armes’, si elles expriment concrètement une radicalisation certaine dans le camp de la bourgeoisie, ne sont pas seulement rhétoriques, mais peuvent conduire (et ont déjà conduit) à des violences qui ne sont déjà plus uniquement verbales.

1 Il s’agit d’une citation de l’écrivain et poète Jean Marcenac, à la différence près que ce dernier parlait de « rois morts ».

2 La chaîne appartient au groupe Canal+ propriété depuis 2016 du milliardaire, ouvertement d’extrême-droite, Vincent Bolloré.

3 Le magazine est propriété du groupe Valmonde racheté en 2025 par un trio d’investisseurs dont le milliardaire, ouvertement d’extrême-droite, Pierre-Édouard Stérin.

4 À Paris et à Marseille, les égos des deux têtes de liste PS leur ont fait perdre toute notion de responsabilité politique, à l’image de Hollande et de Gluksmann.

5 Ce constat vaut aussi pour le FN qui, tout au long de la campagne pour le premier tour, a été présenté comme le favori de ces élections, mais qui, en dehors de ses fiefs, a globalement stagné par rapport à 2014.