Le 28 février 2026, une agression militaire dirigée contre un pays souverain, l’Iran, a été déclenchée par les États-Unis et Israël, sans que celle-ci soit justifiée, ni par un mandat de l’ONU, ni même par une quelconque attaque iranienne contre leur territoire ou leurs intérêts.
Le 3 janvier dernier, c’était un autre pays souverain, le Vénézuela, qui avait été également agressé militairement par le gouvernement de Trump. À cette occasion, nous avions écrit que cet acte constituait une rupture violente dans le contexte de crise structurelle de la société capitaliste mondialisée et que cette rupture exprimait sans équivoque la volonté des oligarchies économiques étatsuniennes d’accéder unilatéralement et sans aucune régulation aux ressources naturelles et asservir politiquement, économiquement, culturellement et militairement les peuples.
Cette nouvelle agression ne vise effectivement pas à ‘libérer’ le peuple iranien de l’oppression d’un régime théocratique criminel, mais à s’assurer à bon compte, du fait de l’asymétrie des forces en présence, une pseudo-stabilité régionale en éliminant de la scène un État qui conteste depuis 1979 l’hégémonie occidentale au Proche-Orient.
Pour autant, face au péril géopolitique majeur et inoui que représente le choix assumé par Trump de la coercition, tant militaire que financière, qu’ont fait les dirigeant-e-s des nations dites démocratiques ? Concrètement et en dehors de quelques gouvernements, comme celui d’Espagne, ils et elles n’ont rien fait, quand ils et elles ne se sont pas rangé-e-s à l’avis et aux désiderata de Trump. Aurait-il donc été tétanisé-e-s ou sidéré-e-s par le comportement apparemment erratique de ce dernier ?
Une non-réponse qui dévoile un objectif commun : austérité et répression
Ne nous leurrons pas, la grande majorité des dirigeant-e-s européens ne compte pas s’opposer au projet trumpiste, car ils et elles appartiennent aux mêmes cercles de connaissances et partagent la même orientation (radicalisation) idéologique. Ainsi, si la remise en cause du rôle des États-Unis au sein de l’OTAN et la volonté d’annexion du Groenland a pu les perturber, ces déclarations leur ont permis de doubler et ‘sanctuariser’ les budgets bénéficiant au complexe militaro-industriel. De même si l’imposition de nouvelles taxes douanières a pu paraître les déstabiliser, celle-ci sert en fait leur politique budgétaire austéritaire, leurs mesures de dérégulation économique et financière et leur détricotage des politiques environnementales.
Parallèlement, les politiques de répression et d’invisibilisation des oppositions politique, sociale et intellectuelle, mises en œuvre aux États-Unis, ont déjà été ou sont désormais adaptées aux contextes nationaux en Europe et ne se limitent pas aux gouvernements illibéraux hongrois ou italiens. De la Grande-Bretagne, où un mouvement pro-palestinien a été déclaré organisation terroriste, à la France où une tragédie est instrumentalisée pour déligitimer le principal parti d’opposition. Et partout ailleurs où les restrictions aux libertés d’expression, d’information et de manifestation sont désormais monnaie courante, les dirigeants appliquent les mêmes politiques.
Ils et elles pensent concrètement que c’est le moment, par la vassalisation reconduite et assumée de leurs nations, d’assurer à la fois leur maintien au pouvoir et celui de l’hégémonie de leur classe. Quitte à abandonner les oripeaux d’une démocratie représentative devenue de plus en plus illusoire et contestée et de se parer des habits neufs d’un autoritarisme ‘new tech’, troquant la servitude volontaire de la population pour la coercition.
Philippe Ollandini
3 mars 2026
