Les chiffres, les fantasmes, le vocabulaire, nos besoins
- 1. Que disent les chiffres de l ’Institut national de la statistique et des études économiques: Insee ?
- 2. Qu’elles sont les réactions de la presse, des politiques ?
- 3. Immigration, préoccupation des Francais ?
- 4. Que fait le législateur ?
- 5. Quelle est la politique de nos voisins?
- 6. Pourquoi pas de débat apaise ?
1- Les chiffres 2025 publiés par l’INSEE :
Selon une étude publiée ce mardi 7 octobre, six millions de personnes ne possédant pas la nationalité française résident en France métropolitaine, soit 8,8 % de la population. Moins que les principaux voisins de la France et moins que la moyenne européenne (9,6 %).
Les principaux pays d’origine des bénéficiaires de premiers titres de séjour sont, comme en 2024, le Maroc, l’Algérie et la Tunisie.
384 000 premiers titres de séjour ont été délivrés en 2025, soit une hausse de 11,2% par rapport à 2024.
Qui sont les premiers bénéficiaires ?

Parmi les étudiants qui ont vocation à repartir chez eux, les chinois sont les plus nombreux, puis les américains et les camerounais (soit, en 2025, 30% des 200 520 titres de séjour).
Les titres de séjour pour motif humanitaire prennent la deuxième place, avec une augmentation de 36 000 primo-délivrances (+65%) par rapport à 2024 (en bleu sur le graphique). Les bénéficiaires sont les Ukrainiens ( plusieurs dizaines de milliers), les Afghans et les Congolais
Deux items intéressants :
1/ Les passages irréguliers aux frontières de l’Union européenne
Ils ont chuté de 27 %, 178 000 en 2025 selon le comptage de Frontex, le chiffre le plus faible enregistré depuis 2021.
Cette baisse inédite de passage des frontières extérieures des 27 pays de l’UE, depuis quatre ans, concerne principalement les frontières de la méditerranée orientale depuis la chute du régime de Bachar El Assad en Syrie.
2/ L’éloignement d’étrangers en situation irrégulière
En 2025, 32 379 étrangers ont quitté le territoire français, soit une hausse de +16,5% par rapport à 2024 .
2- Les réactions de la presse, des politiques
Et oui la presse réagit, les politiques aussi et surtout choisissent leur vocabulaire.
C’est par le prisme du choix de vocabulaire que l’on forme une opinion publique de façon insidieuse sans tenir compte de la réalité des chiffres .
La presse
Le Figaro, le 26 janvier 2026 ,
parle de “niveau record” en France. Avec 4,5 millions de titres de séjour valides. Et encore, il ne s’agit que de l’immigration légale ! Les étrangers forment désormais 8,1 % de la population, sans compter les personnes de nationalité française d’origine étrangère.
Yves Thréard dans son éditorial du même journal, propose cette explication à la montée de l’extrémisme :
Inutile d’aller chercher loin les raisons de la défiance des Français envers leurs dirigeants politiques, de la montée aussi des radicalités.
Le Journal du dimanche , le 1er février 2026
Titre de la tribune de Philippe Fontana , avocat à la Cour
Immigration : la fabrique française de l’impuissance
avec une hausse de 11 % des titres de séjour accordés, l’immigration est « hors de contrôle ».”Records de titres de séjour, bascule démographique, jurisprudence toujours plus permissive : la France subit une immigration de masse qu’aucun pouvoir n’ose réguler. Il accuse la gauche d’avoir transformé l’impuissance en système.
Les Échos, le 7 janvier 2026
Le sens des mots a changé et le message d’Alain Ruello est différent :
Emploi : ce que l’économie française doit à l’immigration
De plus en plus qualifiée, et féminine : une étude récente de l’Insee éclaire la valeur ajoutée de la population immigrée sur le marché du travail en France.
Les femmes et les diplômés de l’enseignement supérieur représentent une part majeure de la hausse de l’emploi des immigrés en France entre 2021 et 2024.
Libération, le 27 janvier 2026
Le vocabulaire employé par Alexandra Schwartzbrod est factuel
Dénatalité, manque de main d’œuvre : pourquoi la France a besoin d’immigration.
Pour le Figaro et le JDD les mots sont forts : ce « niveau record est responsable de la montée des radicalités », l’immigration est hors contrôle, la France est permissive et montre sa faiblesse puisque elle n’ose réguler.
Les Echos et Libération ont un vocabulaire pragmatique, face au vocabulaire idéologique produit plus haut et répandu avec complaisance.
Alain Rhuello et Alexandra Schwarbrod écrivent dans des journaux de sensibilité différente mais les deux opposent à ce vocabulaire émotionnel, les faits :
- la baisse de la natalité
- le manque de main d’oeuvre qualifiée qui prive le pays des talents qui sont nécessaires à son fonctionnement .
Cela n’est pas un problème récent puisque en 2017 déjà la DARES (direction de l’Animation de la recherche, des études et des statistiques ) nous informe que 14 % des ingénieurs informatiques de notre pays étaient des travailleurs immigrés.
Les mots ici aussi sont forts et parlent des besoins d’une France mise ici en position de demander la venue d’immigrés.
Les politiques : Bruno Retailleau
Le 23 janvier 2025 devant les préfets, présentation “mystique” , allégorique, des quatre « cercles de feu » qui enserreraient la France :
Le premier est le “désordre migratoire“, suivi du “narcobanditisme“, de la “délinquance du quotidien” et, enfin, de “l’islamisme“. « Il a expliqué que ces cercles s’entrecroisent car [ils] sont intimement liés » rapporte un participant.
Un autre ajoute : « Le raisonnement étant qu’une immigration non maîtrisée fournit des contingents de personnes capables de participer à du narcobanditisme ou participer à des réseaux islamistes. Ça se veut aussi une description des attentes des citoyens, qui s’alimentent les unes les autres. »
Remarquer que l’association délinquance et immigration fait partie des expressions répandues dans les médias de droite et d’extrême droite, ce qui n’est absolument pas validé.
Marine Le Pen réagit également à l’étude de l’INSEE

Le vocabulaire est choisi , ciselé. Le risque de submersion ici est clairement exprimé. Cette submersion est de plus « organisée » . les mots sont faits pour terrifier., brouiller la réflexion. Ie vocabulaire parti du répertoire anxiogène haineux du RN. Dans ce message chaque mot est pesé et ciselé pour atteindre leur but : une déstabilisation de la pensée prise dans une surenchère tourbillonnante.
3- Et les Français … que demandent-ils en fait ? l’Immigration, préoccupation prioritaire oui ou non?
Ce qui préoccupe les Français – Septembre 2025 (enquête IPSOS) :
A la question « Quels sont les trois enjeux qui vous préoccupent le plus à titre personnel ? » et parmi onze choix,
37 % la santé et celle de leur proche, 34 % le pouvoir d’achat et 32% la situation politique en France. L immigration arrive en 10e place et concerne 18% des participants.
4- Que fait le législateur ?
Sous la pression d’une extrême droite et de ses médias qui font monter l’angoisse, il est dans un tourbillon sécuritaire qui pousse à la surenchère : 118 textes depuis 1945 soit 1 texte tous les 2 ans en moyenne avec une accélération depuis 1980.
Une loi en 2024 et une autre en 2025 sans compter les ordonnances, arrêtés, circulaires et décrets multiples.
Les ministres de droite et de gauche veulent être présents sur la question, pensant ainsi contenir l’extrême droite avec des idées que celle-ci leur inspire.
Pour quel résultat ? Aucun de ces textes n’est parvenu à éteindre le débat brûlant sur l’immigration né au cœur des années 1970, avec la promotion de l’idéologie de cette fixation par la droite extrême qui est rejointe par une droite “classique”.
5- Que font nos voisins : constat en Espagne, en Italie et … en France
La France a fortement limité fortement le nombre de régularisations: que font nos voisins immédiats ?
En Espagne :
Les agences de notation Fitch et Moody’s ont relevé la note souveraine espagnole, en louant la dynamique de l’économie du pays alors que ses voisins européens stagnent, en constatant que la politique migratoire de l’Espagne a permis cette relance.
En Italie
Le patronat estime ainsi que l’Italie a besoin pour les 5 ans à venir de 600 000 travailleurs étrangers pour maintenir son taux de croissance.
Georgina Meloni avant son élection promettait d’instaurer un « blocus naval » des côtes nord-africaines. Au pouvoir depuis 2022, elle a permis a la coalition des droites de faire venir près d’un million de travailleurs extracommunautaires et 450 000 permis de travail ont été délivrés entre 2023 et 2025.
Un nouveau décret triennal signé en juillet 2025 autorise près de 500 000 nouvelles entrées entre 2026 et 2028.
En France : Notre président ? “en même temps” …
Le 8 janvier 2026, le président Emmanuel Macron déclarait, lors de son discours aux ambassadeurs de France, vouloir « mobiliser nos diasporas encore davantage », en précisant notamment que « le partenariat africain » était la « clé ». Il exprimait ainsi sa volonté de mieux mettre en valeur la diaspora africaine présente sur le territoire français.
Mais aussi “en même temps” il soutient ses ministres de la justice et de l’intérieur dans leur frénésie de réformes par complaisance pour l’extrême droite.
Pourtant l’accélération des réformes depuis les années 1980 a été impuissante à contenir la poussée de l’extrême droite, dont l’idéologie s’appuie alors sur l’équation fallacieuse inventée par Jean-Marie Le Pen : “1 million d’immigrés = 1 million de chômeurs”.
Et pourtant le président Macron pourrait leur opposer ce constat :
La santé : 90.000 professionnels de santé sont étrangers, Un médecin sur 5 est étranger.
Les secteurs en tension sont inquiets et le Medef aussi …
La DARES estime à 34 800 le nombre de postes non pourvus en 2030 faute d’un vivier national de candidats formés suffisant.
Le patronat : Patrick Martin, le président du Medef, au micro de Radio Classique, le 19 décembre 2025 :
“On a beaucoup de mal à faire venir des ingénieurs de pays hors Union européenne et cela nous pénalise forcément en termes de compétitivité et de capacité de développement”. Et d’ajouter : “Ce ne sont pas les patrons qui demandent massivement de l’immigration, c’est l’économie”.
Je laisse la parole au second degré de Jean François Julliard dans le Canard enchainé du 3 février 2026 qui rappelle les faits :
“Aux frontières de la mauvaise foi”
Les régularisations ont baissé, et les « éloignements » consécutifs aux OQTF ont crû, mais ce « moins » est un peu dépassé par le « plus » des droits d’asile accordés : 36 000 de mieux à des Ukrainiens, des Zaïrois, des Afghans qui, allez savoir pourquoi, n’aiment ni la guerre ni les talibans »
et rend hommage au travail de la recherche.
Les chercheurs cherchent et produisent le résultat de leur recherche, les idéologues ne cherchent pas, ils affutent leur vocabulaire toujours plus haineux pour décrire une réalité fantasmée dont les français seraient les premières victimes.
En conclusion la France joue contre son camp, s’empêche de fonctionner par pure idéologie, cette idéologie qui bâillonne un débat sain et apaisé .
Contre la loi Darmanin: à regarder absolument
Loi immigration, des milliers de manifestants entrent en résistance
Pour aller plus loin:
https://observatoire-immigration.fr
et l’atelier immigration : institut La Boétie publié le 3 mars 2026 : « Comment l’État criminalise les immigrés ? »
Dans les centres de rétention, de Paris à Lampedusa, comprendre la multiplication des dispositifs répressifs envers les personnes immigrés ces dernières années.
- Julie Gonidec, avocate spécialiste en droit des étrangers
- Louise Tassin, sociologue, autrice du livre « Comme on les enferme.
