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	<title>Arguments et analyses &#8211; INSEME A MANCA &#8211; L&#039;APRES</title>
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	<description>Mouvement Politique</description>
	<lastBuildDate>Thu, 02 Apr 2026 06:34:48 +0000</lastBuildDate>
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		<title>Proposition de loi visant à &#8220;lutter contre les formes renouvelées de l&#8217;antisémitisme&#8221; : lettre ouverte aux députés de Corse</title>
		<link>https://insemeamanca-lapres.fr/2026/04/proposition-de-loi-visant-a-lutter-contre-les-formes-renouvelees-de-lantisemitisme-lettre-ouverte-aux-deputes-de-corse-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Inseme à Manca L'APRES]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 02 Apr 2026 06:34:45 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualité politique]]></category>
		<category><![CDATA[Arguments et analyses]]></category>
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					<description><![CDATA[Monsieur le député, Ces prochains jours, vous allez avoir à discuter et à vous prononcer sur &#8230; <a title="Proposition de loi visant à &#8220;lutter contre les formes renouvelées de l&#8217;antisémitisme&#8221; : lettre ouverte aux députés de Corse" class="hm-read-more" href="https://insemeamanca-lapres.fr/2026/04/proposition-de-loi-visant-a-lutter-contre-les-formes-renouvelees-de-lantisemitisme-lettre-ouverte-aux-deputes-de-corse-2/"><span class="screen-reader-text">Proposition de loi visant à &#8220;lutter contre les formes renouvelées de l&#8217;antisémitisme&#8221; : lettre ouverte aux députés de Corse</span>Read more</a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>Monsieur le député,</p>



<p>Ces prochains jours, vous allez avoir à discuter et à vous prononcer sur une proposition de Loi portée par votre collègue Caroline Yadan, texte visant à « lutter contre les formes renouvelées de l&#8217;antisémitisme ». C’est dans le cadre de cette lettre ouverte que notre mouvement, Inseme à Manca &#8211; L’APRES, tient à partager avec vous l’analyse que nous faisons de ce texte et auquel nous vous appelons solennellement à vous opposer.</p>



<p>En effet, en assimilant toute critique du gouvernement d’extrême-droite israélien et de sa politique génocidaire, expansioniste et suprémaciste, voire l’antisionisme lui-même, courant politique aussi légitime que le sionisme, la proposition de Loi qui est proposée est dangereuse pour la liberté d’expression, qui est déjà encadrée par la Loi, et inutile, voire contre-productive pour la lutte contre le racisme et l’antisémitisme lui-même en créant une distinction préjudiciable.</p>



<p>Vous trouverez la totalité de notre analyse ci-dessous.</p>



<p>Nous restons bien évidemment à votre disposition pour échanger si vous le souhaitez, en particulier sur la question de la lutte contre toutes les formes de racisme et pour la Paix.</p>



<p>Nous vous prions d&#8217;agréer, Monsieur le député, l&#8217;expression de notre haute considération.</p>



<p>Destinataires :<br><br>M. Laurent Marcangeli, député de la 1<sup>e</sup> circonscription de la Corse-du-Sud</p>



<p>M. Paul-André Colombani, député de la 2<sup>e</sup> circonscription de la Corse-du-Sud</p>



<p>M. Michel Castellani, député de la 1<sup>e</sup> circonscription de la Haute-Corse</p>



<p>François-Xavier Ceccoli, député de la 2<sup>e</sup> circonscription de la Haute-Corse</p>



<h3 class="wp-block-heading has-text-align-center"><br><br><br><strong>Analyse de la proposition de loi n°575 visant à lutter contre les formes renouvelées de l&#8217;antisémitisme</strong></h3>



<p>Tout d’abord, nous affirmons, àInseme à Manca &#8211; L’APRES, que la lutte contre l’antisémitisme est, pour nous, un marqueur fondamental du combat pour l’émancipation et l’égalité du genre humain et pour la Paix. Dès lors, nous étions en droit de penser que cette proposition de Loi pouvait constituer une réponse adaptée à cet objectif tout en étant respectueuse de l’État de droit<a href="#sdfootnote1sym" id="sdfootnote1anc"><sup>1</sup></a> dans un contexte où les actes et les discours antisémites et racistes se multiplient<a href="#sdfootnote2sym" id="sdfootnote2anc"><sup>2</sup></a> et se banalisent dans la rue et dans les médias.</p>



<p>Cependant, dans l’exposé des motifs, il apparaît que la proposition de Loi associe explicitement «&nbsp;la haine antijuive&nbsp;» à «&nbsp;la haine obsessionnelle à l’égard d’Israël, régulièrement délégitimé dans son existence et criminalisé&nbsp;», celle-ci se concrétisant, selon la rédactrice, sous la forme d’un «&nbsp;antisémitisme réinventé, que l’on pourrait qualifier de ‘géopolitique’&nbsp;», lui-même décrit comme un «&nbsp;appel à la destruction d’Israël et sa comparaison à un régime nazi&nbsp;»<a href="#sdfootnote3sym" id="sdfootnote3anc"><sup>3</sup></a>. Cette définition est clairement dérivée, non pas directement de la définition de l’antisémitisme élaborée par l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA)<a href="#sdfootnote4sym" id="sdfootnote4anc"><sup>4</sup></a>, mais des «&nbsp;exemples&nbsp;» associés et destinés à en illustrer la réalité.</p>



<p>Or, le premier de ces «&nbsp;exemples&nbsp;» affirme explicitement que «&nbsp;l’antisémitisme peut se manifester par des attaques à l’encontre de l’État d’Israël lorsqu’il est perçu comme une collectivité juive&nbsp;»<a href="#sdfootnote5sym" id="sdfootnote5anc"><sup>5</sup></a>. Cette formulation a ainsi conduit Irène Khan à considérer que cette définition ne répondait dès lors pas «&nbsp;aux normes juridiques internationales relatives à la restriction ou à l’interdiction de la liberté d’expression&nbsp;», sa «&nbsp;principale erreur conceptuelle [étant] la confusion inhérente qui y est faite entre le sionisme, idéologie politique, et l’antisémitisme&nbsp;»<a href="#sdfootnote6sym" id="sdfootnote6anc"><sup>6</sup></a>. En outre, Kenneth Stern, juriste étatsunien et principal rédacteur du texte de l’IHRA, a déploré, dans un entretien au quotidien <em>Le Monde</em> le 21 mai 2024, «&nbsp;l’utilisation du concept d’antisémitisme à des fins politiques dans le cadre de la guerre Israël-Hamas&nbsp;»<a href="#sdfootnote7sym" id="sdfootnote7anc"><sup>7</sup></a>.</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Nous considérons que ce texte présente deux risques majeurs.</strong></h4>



<p>Malgré ces premières mises en garde, la proposition de Loi réduit bien «&nbsp;les formes renouvelées de l’antisémitisme&nbsp;» à un lien postulé entre ces dernières et la «&nbsp;haine de l’État d’Israël […] parce qu[e cet État] forme un collectif de citoyens juifs&nbsp;». La Commission nationale consultative des droits de l’Homme (CNCDH) avait déjà relevé ce biais et avait dès lors rappelé, dans sa lettre du 22 janvier dernier qu’elle a adressée aux député-e-s, qu’un tel lien «&nbsp;n’est aucunement avéré dans les faits&nbsp;».</p>



<p>Nous considérons en conséquence que ce texte présente deux risques majeurs, l’un pouvant remettre en cause la liberté d’expression et la liberté académique, l’autre pouvant réduire la portée de l’indispensable lutte contre tous les racismes.</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Risque pour la liberté d’expression et la liberté académique</strong>.</h4>



<p>Dans le premier cas, nous ne reviendrons pas sur le principe de délit d’apologie du terrorisme et sa contestable pénalisation par la Loi du 13 novembre 2014. Mais il s’agit pourtant bien de ce dernier outil juridique que la proposition de Loi veut encore renforcer, via le premier alinéa de l’article 1-I, intégrant de fait les « propos publics présentant les actes de terrorisme comme une légitime résistance » et incriminant et pénalisant tout discours ou écrit politique, même produit hors de toute intention d’inciter à la commission d’actes terroristes<a href="https://insemeamanca-lapres.fr/2026/04/proposition-de-loi-visant-a-lutter-contre-les-formes-renouvelees-de-lantisemitisme-lettre-ouverte-aux-deputes-de-corse/#sdendnote8sym"><sup>8</sup></a>. Mais aussi ceux qui « sans juger de manière favorable des actes de terrorisme ou leurs auteurs, minore, relativise ou banalise publiquement lesdits actes », faisant dès lors potentiellement entrer, via l’article 1-II, dans le cadre de l’apologie du terrorisme, tout texte ou discours, universitaire<a href="https://insemeamanca-lapres.fr/2026/04/proposition-de-loi-visant-a-lutter-contre-les-formes-renouvelees-de-lantisemitisme-lettre-ouverte-aux-deputes-de-corse/#sdendnote9sym"><sup>9</sup></a> ou politique, de contextualisation d’actes de violence. Ces définitions, par ailleurs, particulièrement fragiles du point de vue juridique, auraient pu ainsi faire déférer devant la justice la délibération n°25/113 AC de l’Assemblée de Corse en date du 27 juin 2025, dans laquelle les conseillers ont affirmé, entre autres, leur « soutien au peuple palestinien, victime de décennies d’occupation, de colonisation, de discriminations et de violences systémiques ».</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Risque d’affaiblissement du combat contre le racisme et l’antisémitisme</strong>.</h4>



<p>Dans le second cas, nous considérons que les luttes contre toutes les formes de racisme ne peuvent être disjointes et encore moins hiérarchisées ou priorisées. En effet, le caractère universel du combat contre le racisme, l’antisémitisme et les discriminations est à la fois une exigence éthique et la condition essentielle de son efficacité. Et pourtant, c’est l’approche inverse que met en avant cette proposition de Loi, devenant de fait un outil discriminatoire qui prétend défendre les uns en stigmatisant les autres<a href="https://insemeamanca-lapres.fr/2026/04/proposition-de-loi-visant-a-lutter-contre-les-formes-renouvelees-de-lantisemitisme-lettre-ouverte-aux-deputes-de-corse/#sdendnote10sym"><sup>10</sup></a>. En outre, en se basant sur le postulat<a href="https://insemeamanca-lapres.fr/2026/04/proposition-de-loi-visant-a-lutter-contre-les-formes-renouvelees-de-lantisemitisme-lettre-ouverte-aux-deputes-de-corse/#sdendnote11sym"><sup>11</sup></a> que la « détestation dont fait l’objet Israël est utilisée comme prétexte pour s’en prendre à nos concitoyens juifs », elle est insidieusement porteuse d’une assignation identitaire des Français juifs au soutien inconditionnel<a href="https://insemeamanca-lapres.fr/2026/04/proposition-de-loi-visant-a-lutter-contre-les-formes-renouvelees-de-lantisemitisme-lettre-ouverte-aux-deputes-de-corse/#sdendnote12sym"><sup>12</sup></a> du gouvernement de l’État d’Israël manquant dès lors à son objet, pourtant proclamé, de les protéger.</p>



<p>Ainsi, en assimilant toute critique du gouvernement d’extrême-droite israélien et de sa politique génocidaire, expansionniste et suprémaciste, voire l’antisionisme lui-même, courant politique aussi légitime que le sionisme, la proposition de Loi qui est proposée est dangereuse pour la liberté d’expression, qui est déjà encadrée par la Loi, et inutile, voire contre-productive pour la lutte contre le racisme et l’antisémitisme lui-même en créant une distinction préjudiciable dans un contexte où ce combat est implicitement délaissé par les pouvoirs publics<a href="https://insemeamanca-lapres.fr/2026/04/proposition-de-loi-visant-a-lutter-contre-les-formes-renouvelees-de-lantisemitisme-lettre-ouverte-aux-deputes-de-corse/#sdendnote13sym"><sup>13</sup></a>.</p>



<p class="has-text-align-right"><strong>Inseme à Manca – L’APRES – 31 mars 2026</strong></p>



<p><a href="#sdfootnote1anc" id="sdfootnote1sym">1</a>&nbsp;Parmi les articles de la proposition de Loi, le premier alinéa de l’article 4, étendant la pénalisation de la contestation du rôle du régime de Vichy dans l’arrestation et la déportation des Juifs, nous apparaît ainsi aller dans le bon sens.</p>



<p><a href="#sdfootnote2anc" id="sdfootnote2sym">2</a>&nbsp;Depuis le 7 octobre 2023, les actes antisémites ont bondi de +284 % et les actes antimusulmans de +164 % (Rapport de la Commission nationale consultative des droits de l’Homme (CNCDH) relatif à l’évaluation du Plan de lutte contre le racisme et l’antisémitisme 2023-2026).</p>



<p><a href="#sdfootnote3anc" id="sdfootnote3sym">3</a> Exposé des motifs, proposition de loi n°575 (https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/textes/l17b0575_proposition-loi).</p>



<p><a href="#sdfootnote4anc" id="sdfootnote4sym">4</a>&nbsp;Selon l’IHRA, la définition dite opérationnelle est la suivante: «&nbsp;L’antisémitisme est une certaine perception des Juifs qui peut se manifester par une haine à leur égard. Les manifestations rhétoriques et physiques de l’antisémitisme visent des individus juifs ou non et/ou leurs biens, des institutions communautaires et des lieux de culte&nbsp;» (source : https:// holocaustremembrance.com/resources/ definition-operationnelle-de-antisemitisme). Cette définition avait déjà servi de base à une résolution de l’Assemblée nationale du 3 décembre 2019 visant (déjà) à «&nbsp;lutter contre l’antisémitisme&nbsp;», cette fois qualifié de «&nbsp;contemporain&nbsp;».</p>



<p><a href="#sdfootnote5anc" id="sdfootnote5sym">5</a>&nbsp;Cette distinction est en fait devenue obsolète depuis l’adoption le 19 juillet 2018 par la Knesset de la loi qui fait d’Israël, l’État-nation du peuple juif.</p>



<p><a href="#sdfootnote6anc" id="sdfootnote6sym">6</a>&nbsp;Irène Khan est rapporteuse spéciale des Nations Unies sur la promotion et la protection du droit à la liberté d’opinion et d’expression. L’extrait provient de son rapport du 23 août 2024 (§&nbsp;80 et 81).</p>



<p><a href="#sdfootnote7anc" id="sdfootnote7sym">7</a>&nbsp;«&nbsp;Notre définition de l’antisémitisme n’a pas été conçue comme un outil de régulation de l’expression&nbsp;» (source&nbsp;: https://www.lemonde.fr/idees/article/2024/05/21/kenneth-stern-juriste-americain-notre-definition-de-l-antisemitisme-n-a-pas-ete-concue-comme-un-outil-de-regulation-de-l-expression_6234531_3232.html).</p>



<p>8 Reprenant en cela la circulaire n° NOR JUSD2327199C-CRIM 2023-17/E1 du 10 octobre 2023 du ministre de la Justice, circulaire dont les effets ont été dénoncées aussi bien par la CNCDH que par le juge antiterroriste Marc Trévidic.</p>



<p>9 Le passage de l’exposé des motifs postulant le fait que « la parole antisémite désinhibée n’est plus l’apanage des prédicateurs de la haine et de l’extrême droite, mais prospère au sein de nos écoles et universités » est à ce titre particulièrement inquiétant dans la mesure où il peut sous entendre une remise en cause de la liberté académique comme nous pouvons toutes et tous le constater, entre beaucoup d’autres, aux États-Unis sous la présidence de Donald Trump.</p>



<p>10 Pour l’association <em>Les Guerrières de la Paix</em>, « ceux qui prétendent défendre les uns en stigmatisant les autres ne défendent rien d’autre que la division et ne peuvent plus se réclamer des luttes pour l’égalité », dans une tribune publié dans le quotidien <em>Le Monde</em> le 19 février dernier (source : https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/02/19/lorsque-la-haine-des-juifs-et-la-haine-des-musulmans-progressent-la-promesse-republicaine-se-fragilise_6667369_3232.html).</p>



<p>11 Dans son rapport de 2023 sur la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie, la CNCDH rappelait déjà que « la critique d’Israël et de sa politique n’est donc pas le ressort premier de l’antisémitisme en France aujourd’hui, même après le 7 octobre et le débat tendu qui s’est ouvert autour de la réponse d’Israël aux attaques du Hamas » (source : https://www.cncdh.fr/sites/default/files/2024-06/CNCDH_ Rapport_Racisme_2023.pdf).</p>



<p>12 Ce qui n’est évidemment pas le cas, puisque des associations regroupant des citoyen-ne-s de confession juive, comme le collectif juif décolonial Tsedek ! et l’Union juive française pour la Pais (UJFP), sont très critiques du gouvernement israélien.</p>



<p>13 En termes de priorité, il s’avère que le bilan du Plan national de lutte contre le racisme, l’antisémitisme et les discriminations liées à l’origine 2023-2026 (PRADO) a été jugé très décevant par la CNCDH qui « recommande au gouvernement de revenir à l’ambition et au volontarisme du PRADO de 2023 dans l’élaboration du Plan à venir ». Ce n’est, à nous yeux, manifestement pas l’objectif de la proposition de Loi.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>L’enfance : une priorité majeure par Pascale Larenaudie</title>
		<link>https://insemeamanca-lapres.fr/2026/03/lenfance-une-priorite-majeure-par-pascale-larenaudie/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Pascale Larenaudie]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 16 Mar 2026 13:59:37 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualité politique]]></category>
		<category><![CDATA[Arguments et analyses]]></category>
		<category><![CDATA[Tribune libre]]></category>
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					<description><![CDATA[L’enfance : «première victime de la pauvreté dans le monde, en France mais aussi en Corse» &#8230; <a title="L’enfance : une priorité majeure par Pascale Larenaudie" class="hm-read-more" href="https://insemeamanca-lapres.fr/2026/03/lenfance-une-priorite-majeure-par-pascale-larenaudie/"><span class="screen-reader-text">L’enfance : une priorité majeure par Pascale Larenaudie</span>Read more</a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong>L’enfance : «première victime de la pauvreté dans le monde, en France mais aussi en Corse»</strong> Le 15 octobre 2025 s’est tenu à Ajaccio le colloque organisé par la CLE*<sup>1</sup> sur le thème de la pauvreté avec, pour cette année 2025, mis en évidence l’enfance : « première victime de la pauvreté dans le monde, en France mais aussi en Corse. »</p>



<p>Ce colloque était présidé par le docteur François Pernin, inlassable militant des droits humains luttant contre les discriminations et les exclusions. En préambule, plusieurs hommages ont été rendus, notamment au docteur Xavier Emmanuelli, décédé en novembre 2025, qui a participé au colloque et qui avait fait des enfants, l’engagement de sa vie, à la résistante Noëlle Vincensini, qui a lutté contre les discriminations et le racisme, à l’enfant Antoine Pilleux, qui est décédé à l’âge de 11 ans au «&nbsp;bagne de Castellucciu&nbsp;» à la fin du XIX<sup>ème</sup> siècle.</p>



<p>Le dossier, ci-joint, fait état, au travers de témoignages et d’interventions de haute qualité de la précarité grandissante dans notre société, et sur notre île, et de la mise en danger de nombreux enfants.</p>



<p>Ce dossier dresse un constat sans concession et fait état de manquements graves. Des rapports publiés avec des données avérées sont alarmants&nbsp;et pointent les réalités de notre siècle : Pour ne citer que quelques chiffres éloquents&nbsp;: en août 2025, «&nbsp;2159 enfants dormaient à la rue en France, dont 503 de moins de 3 ans, et ce nombre avait augmenté de 30% en 3 ans&nbsp;»*<sup>2</sup>, «…la mortalité infantile passée de 3,42 en 2012 à 4,1 en 2024 morts d’enfants de moins de un an pour 1000 naissances&nbsp;», plaçant «&nbsp;la France au 23<sup>ème</sup> rang des 27 pays de l’Union européenne sur cet indicateur&nbsp;»,&nbsp; &nbsp;source 2024&nbsp;: « En Corse, plus d’un quart des enfants sont pauvres, sur 60000 enfants, on en dénombre + de 15000 sous le seuil de pauvreté, … » *<sup>3</sup>.</p>



<p>Des manquements et des responsabilités qui en ce XXI<sup>ème</sup> siècle obligent les institutions (Etat, collectivités territoriales, Collectivité de Corse en Corse, communes, intercommunalités, …) à assumer et mettre en œuvre de toute urgence les moyens et l’application des lois relatives à l’enfant et à sa protection.</p>



<p>Logement, dignité, alimentation, hygiène, précarité menstruelle, …, ce sont les enfants, eux-mêmes, qui en parlent le mieux. Ils ont ouvert le colloque de la CLE, faisant preuve d’une grande lucidité, affirmant ainsi leur participation et leur engagement à agir pour que des solutions soient trouvées. Ils ont proposé leurs solutions, numérique, sport, culture, transport, … affirmant leur volonté d’être partie prenante dans ce qui les concerne au quotidien.</p>


<div class="wp-block-image is-style-default">
<figure class="alignleft size-full is-resized"><img width="1920" height="2842"  alt="" class="wp-image-488 lws-optimize-lazyload" style="aspect-ratio:0.6755835300288486;object-fit:cover;width:259px;height:auto"/ data-src="https://insemeamanca-lapres.fr/wp-content/uploads/2026/03/Le-Grand-livre-des-Droits-de-lenfant.avif"></figure>
</div>


<p>La Convention internationale des droits de l’enfant*<sup>4</sup> adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies en 1989, ratifiée par la France en 1990, vise à « l’intérêt supérieur de l’enfant » et « engage l’État et les pouvoirs publics ». La Convention énonce les droits fondamentaux de l’enfant et est une référence par excellence et c’est pourquoi elle doit s’appliquer tous les jours et ne pas être oubliée.</p>



<p>Or aujourd’hui, un de ses droits est ouvertement bafoué, « le droit de ne pas faire la guerre ni la subir&nbsp;». Rappelons que des millions d’enfants subissent les conflits armés. Ils sont tués, blessés, déplacés.</p>



<p>Il faut que cela cesse. Le colloque de la CLE, qui s’est tenu le 15 octobre 2025, participe à une prise de conscience, de toutes et tous, indispensable en alertant et en produisant les chiffres de la précarité qui au quotidien dans le monde, en France et en Corse provoquent souffrances et mal être. Un colloque qui s’il interroge est force de propositions également.</p>



<p>Il interpelle et le rapport ci-joint doit être lu et partagé par et avec le plus grand nombre.</p>



<p>Les solutions existent, les volontés politiques doivent être au rendez-vous. Il en va de la démocratie et des libertés fondamentales.</p>



<p>Un grand merci à tous les intervenants qui sont auprès des enfants dans leurs épreuves et dans leurs désirs d’accéder à une vie juste et digne.</p>



<p>*<sup>1</sup> CLE&nbsp;:&nbsp; Coordination inter-associative de Lutte contre l’exclusion.</p>



<p>*<sup>2</sup>&nbsp;: Intervention au colloque de Frédéric Jésu – pédopsychiatre engagé, ente autres, dans le domaine des droits de l’enfant.</p>



<p>*<sup>3</sup>&nbsp;: Rapport Ghjuventù di Manca «&nbsp;Pauvreté des enfants en Corse, l’urgence sociale&nbsp;» novembre 2024</p>



<p>*<sup>4</sup>&nbsp;: Intervention au colloque de Jean-Pierre Rosenczveig – Magistrat honoraire depuis 2014 après avoir été juge des enfants, entre autres, engagé dans le domaine des droits de l’enfant&nbsp;: «&nbsp;la Convention internationale des droits de l’enfant comme repère et outil juridique et politique&nbsp;»</p>



<p>* L’association Per a Pace – Pour la Paix de Corse, présente au colloque, vient en soutien des associations, qui de longue date, sont engagées dans la lutte contre la pauvreté en Corse. Au niveau international, elle met en place de nombreuses actions de solidarité envers les enfants. Parmi les actions les plus récentes, celles de Djibo et de Sindou au Burkina Faso. <a href="https://www.helloasso.com/associations/pour-la-paix-per-a-pace/collectes/burkina-faso-pas-d-education-pas-d-avenir-sindou-djibo">https://www.helloasso.com/associations/pour-la-paix-per-a-pace/collectes/burkina-faso-pas-d-education-pas-d-avenir-sindou-djibo</a></p>



<div data-wp-interactive="core/file" class="wp-block-file"><object data-wp-bind--hidden="!state.hasPdfPreview" hidden class="wp-block-file__embed" data="https://insemeamanca-lapres.fr/wp-content/uploads/2026/03/COLLOQUE-CLE-2025-la-SYNTHESE-pdf.pdf" type="application/pdf" style="width:100%;height:600px" aria-label="Contenu embarqué COLLOQUE CLE 2025, la SYNTHÈSE pdf."></object><a id="wp-block-file--media-8b115d56-2cac-4ba7-a140-62d6070dcd7e" href="https://insemeamanca-lapres.fr/wp-content/uploads/2026/03/COLLOQUE-CLE-2025-la-SYNTHESE-pdf.pdf">COLLOQUE CLE 2025, la SYNTHÈSE pdf</a><a href="https://insemeamanca-lapres.fr/wp-content/uploads/2026/03/COLLOQUE-CLE-2025-la-SYNTHESE-pdf.pdf" class="wp-block-file__button wp-element-button" download aria-describedby="wp-block-file--media-8b115d56-2cac-4ba7-a140-62d6070dcd7e">Télécharger</a></div>
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			</item>
		<item>
		<title>Lutter contre le trafic de stupéfiants :                Les &#8220;Vulnérables&#8221;</title>
		<link>https://insemeamanca-lapres.fr/2026/02/la-lutte-contre-le-trafic-de-stupefiants/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Durazzi]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 25 Feb 2026 16:34:04 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualité politique]]></category>
		<category><![CDATA[Arguments et analyses]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://insemeamanca-lapres.fr/?p=283</guid>

					<description><![CDATA[by&#160;Catherine Durazzi•4 Mars 2026 Article publié avec l’accord de Philippe Pujol, le texte original de la &#8230; <a title="Lutter contre le trafic de stupéfiants :                Les &#8220;Vulnérables&#8221;" class="hm-read-more" href="https://insemeamanca-lapres.fr/2026/02/la-lutte-contre-le-trafic-de-stupefiants/"><span class="screen-reader-text">Lutter contre le trafic de stupéfiants :                Les &#8220;Vulnérables&#8221;</span>Read more</a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p></p>



<p>by&nbsp;<a href="https://insemeamanca-lapres.fr/author/durazzi/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Catherine Durazzi</a>•<a href="https://insemeamanca-lapres.fr/la-lutte-contre-le-trafic-de-drogue/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">4 Mars 2026</a></p>



<p>Article publié avec l’accord de Philippe Pujol, le texte original de la tribune parue dans libération du 21 novembre 2025 est mis en perspective et fait l’objet de cette synthèse.</p>



<p>En 2025 selon l’office anti-stupéfiants (l’OFAST), 70&nbsp;tonnes de&nbsp;<a href="http://www.lefigaro.fr/actualite-france/des-laboratoires-amazoniens-aux-mules-charriant-la-cocaine-plongee-dans-la-guyane-des-narcotrafiquants-20251122" rel="noreferrer noopener" target="_blank">cocaïne&nbsp;</a>ont été saisies dans les dix premiers mois de l’année. 30% de plus que les 53,5&nbsp;tonnes interceptées en 2024, déjà considérée comme année record. 96&nbsp;tonnes de&nbsp;<a href="http://www.lefigaro.fr/marseille/il-dissimulait-du-cannabis-dans-des-cagettes-de-fruits-et-legumes-plus-de-350-kilos-de-drogue-saisis-par-les-douaniers-de-marseille-20251126" rel="noreferrer noopener" target="_blank">cannabis&nbsp;</a>&nbsp;soit quasiment l’équivalent des 100&nbsp;tonnes confisquées en 2024.</p>



<p>Les saisies sont de plus en plus importantes, reflétant <strong>un trafic de plus en plus important</strong>: le gouvernement aiguise ses armes&nbsp;:</p>



<p class="has-medium-font-size">5 janvier 2026&nbsp;: mise en place d’une unité spécialisée du tribunal de Paris:&nbsp;<strong>le PNACO </strong>ou Parquet de lutte contre le narcotrafic et le crime organisé</p>



<p>Ce parquet a été crée suite à la proposition de loi contre le narcotrafic adoptée le 1er avril 2025 pour <strong>lutter contre <em>« des gens très dangereux » </em></strong><em>, </em>selon les mots de Vanessa Perrée, procureure.</p>



<p>Cette loi du 1 er avril 2025 introduit des mesures qui ont été inspirées en partie par les lois anti maffia italiennes et pourront certes être très utiles : <strong>16 magistrats,</strong> spécialistes des questions de stupéfiants pour <strong>170 dossiers, en fait 171 </strong>car on leur a confié depuis celui d’Alain Orsoni, assassiné le 12 janvier 2026 à <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Vero">Vero</a> (<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Corse-du-Sud">Corse-du-Sud</a>) au vu de la difficulté de son dossier.</p>



<p>En 2025&nbsp;un <strong>nouveau vocabulaire&nbsp;</strong>a&nbsp;fleuri pour parler de l’ampleur du trafic de drogue en France</p>



<p>On parle «&nbsp;<strong>Cartellisation</strong>&nbsp;», «&nbsp;<strong>Mexiquanisation</strong>»,&nbsp;on parle des «&nbsp;<strong>Narcomicides</strong>&nbsp;» des exécutions commises par des<strong>«&nbsp;sicarios&nbsp;»</strong> en référence aux tueurs à gage opérant pour les cartels d’Amérique latine. On se gargarise de néologismes exotiques pour faire croire que l’on s’attaque au problème.</p>



<p>Philippe Pujol nous dit:</p>



<h3 class="wp-block-heading">«Le narcotrafic prolifère sur les vulnérables d’une société détraquée»&nbsp;</h3>



<p>Philippe Pujol vit à Marseille. C’est un&nbsp;<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Journaliste" rel="noreferrer noopener" target="_blank">journaliste</a>&nbsp;et&nbsp;<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89crivain" rel="noreferrer noopener" target="_blank">écrivain</a>&nbsp;français, lauréat du&nbsp;<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Prix_Albert-Londres" rel="noreferrer noopener" target="_blank">prix Albert-Londres</a>&nbsp;en 2014 pour sa série d’articles «&nbsp;Quartiers shit&nbsp;» sur les&nbsp;<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Quartiers_nord_(Marseille)" rel="noreferrer noopener" target="_blank">quartiers nord</a>&nbsp;de&nbsp;<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Marseille" rel="noreferrer noopener" target="_blank">Marseille</a>.</p>



<p>Il connaît très bien Marseille et nous interpelle une nouvelle fois dans une tribune de Libération publié le 21 novembre 2025 à la suite du meurtre du frère d’Amine Kessaci, militant très engagé contre ce trafic à Marseille.</p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img width="762" height="284"  alt="" class="wp-image-376 lws-optimize-lazyload"/ data-src="https://insemeamanca-lapres.fr/wp-content/uploads/2026/02/image-3.webp" srcset="https://insemeamanca-lapres.fr/wp-content/uploads/2026/02/image-3.webp 762w, https://insemeamanca-lapres.fr/wp-content/uploads/2026/02/image-3-300x112.webp 300w" sizes="(max-width: 762px) 100vw, 762px" /></figure>



<h3 class="wp-block-heading">Philippe Pujol laisse de côté ce vocabulaire récent qui cache la réalité quotidienne et nous parle &#8220;des vulnérables&#8221; </h3>



<p>Je vous propose une tentative de synthèse de cette tribune, focalisée sur une  partie de la société, de plus en plus précarisée, vulnérabilité qui est le principal axe de travail des trafiquants de stupéfiants.</p>



<p>Les propos de Philippe Pujol sont rapportés  entre guillements.</p>



<ol class="wp-block-list">
<li>C’est quoi le narcotrafic&nbsp;?</li>



<li>Qui sont ces vulnérables&nbsp;?</li>



<li>le tout sécuritaire&nbsp;: utile&nbsp;?</li>



<li>Les solutions proposées</li>



<li>En conclusion</li>
</ol>



<h3 class="wp-block-heading">1/ C’est quoi le narcotrafic&nbsp; dit Philippe Pujol? «&nbsp;C’est un signal social majeur&nbsp;»</h3>



<p>« C’est le signe d’une détresse sociale, économique et psychologique qui monte dans les banlieues ou les villes périphériques. <strong>C’est le symptôme d’une société qui va mal,</strong> qui a abandonné une partie de ses citoyens, qui a abandonné les plus vulnérables. »</p>



<p>« Le message officiel, relayé partout et par tous, consiste à dénoncer une criminalité surpuissante, organisée pour dévorer des pans entiers de notre société. Alors on renforce la lutte » et :<strong> « Alors vous exhibez un méchant. Le narcotrafiquant mexicanisé</strong> ».</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>En fait « le trafic de stups se divise schématiquement en cinq niveaux qui tous sont autonomes les uns des autres : le producteur (qui se combat par la diplomatie), le transitaire (qui nécessite des accords internationaux), le semi-grossiste (cible de la police judiciaire), le détaillant (confondus par des enquêtes de terrain) et les intérimaires (les plus nombreux, cette armée de vulnérables exploités par les dealers du niveau au-dessus)</p>
</blockquote>



<h3 class="wp-block-heading">2/ Qui sont ces vulnérables&nbsp;?</h3>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full is-resized"><img width="740" height="488"  alt="" class="wp-image-382 lws-optimize-lazyload" style="width:400px"/ data-src="https://insemeamanca-lapres.fr/wp-content/uploads/2026/02/image-6.webp" srcset="https://insemeamanca-lapres.fr/wp-content/uploads/2026/02/image-6.webp 740w, https://insemeamanca-lapres.fr/wp-content/uploads/2026/02/image-6-300x198.webp 300w" sizes="(max-width: 740px) 100vw, 740px" /></figure>
</div>


<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>« Avec tous ces travailleurs pauvres,<strong>ces petits boulots minables et écrasants,</strong> avec cette absurdité du travailleur indépendant, de l’auto‐entrepreneur ou du chef de soi-même, avec ces sans-emploi qui ne sont même plus comptabilisés parmi les chômeurs, ces RSA qui ne le touchent même pas, avec tout ce travail au noir, instable et misérable, avec les <strong>services publics qui décrochent,</strong> relayés par un privé qui ne pense qu’à faire du fric, des économies et de la com, avec tant de fabriques à vulnérabilité, les violences symboliques, les violences sexistes, les violences racistes, les violences sociales, les violences politiques, tout cela alimente le banditisme que vous espérez combattre ».</p>
</blockquote>



<p>La délinquance des quartiers de la relégation, quartiers Nord à Marseille ou ailleurs fragilise leur population :</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>« ce sont <strong>les faiblesses exploitables des populations </strong>qui permettent le trafic , le crime ; et le crime n’a même pas à fabriquer ces vulnérabilités puisque notre société s’en charge. »</p>
</blockquote>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>«&nbsp;<strong>Trois radicalisations s’installent là‐dessus&nbsp;:</strong> radicalisation&nbsp;politique&nbsp;avec son vote extrême en route vers le fascisme, radicalisation&nbsp;religieuse&nbsp;et sa doctrine mortifère, et radicalisation&nbsp;délinquante, la plus puissante, car la plus pragmatique.</p>



<p>Vous aurez beau combattre, dénoncer, ou tenter de normaliser chacune de ces trois radicalisations, vous n’aurez jamais aucun répit tant que des gens sont jetés dans le désespoir&nbsp;».</p>



<p>Vous pouvez croire naïvement qu’il s’agit d’une lutte du bien contre le mal, vous pouvez continuer à idéaliser l’approche uniquement sécuritaire, pourtant en perpétuel décalage avec la réalité, cette utopie béate n’est qu’une scotomisation.&nbsp;»</p>
</blockquote>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>«&nbsp;<strong>Pourquoi un gamin quelconque est devenu un assassin insensible. </strong>L’idée n’est pas d’atténuer sa responsabilité devant la justice, qu’elle le condamne et durement, l’idée est de saisir quelle&nbsp;vulnérabilité&nbsp;a été exploitée et dans quel contexte, pour qu’il en arrive là.&nbsp;»</p>



<p>«<strong>&nbsp;Pourquoi des gamins deviennent esclaves des réseaux de stups </strong>? Pourquoi d’autres se font tortionnaires ? Quelles sont les failles ? Ne pas chercher les causes est un relâchement, un laisser‐faire dont on peut se demander à qui il profite.&nbsp;»</p>



<p><strong>«&nbsp; Ces quartiers populaires déconscientisés, désespérés ne votent pas</strong>, leurs cycliques rénovations urbaines font marcher une économie des travaux publics à coups de milliards, toujours ça de pris , leur dégradation sociale permet des coups médiatiques dès que nécessaire, il n’y a qu’à se servir, leur détresse économique favorise l’exploitation d’une main‐d’œuvre à moindre coût, social washing en prime… C’est bien utile, des quartiers de misère.&nbsp;»</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full is-resized"><img width="1920" height="941"  alt="" class="wp-image-379 lws-optimize-lazyload" style="aspect-ratio:1.7777777777777777;object-fit:cover;width:400px"/ data-src="https://insemeamanca-lapres.fr/wp-content/uploads/2026/02/image.avif"></figure>
</div></blockquote>



<h3 class="wp-block-heading">3/ le tout sécuritaire : utile ?</h3>



<p>Le tout sécuritaire se renforce par ses échecs&nbsp;: <strong>«&nbsp;puisque ça ne marche pas, puisque le banditisme s’étend encore, alors il faut renforcer ce sécuritaire, plus de flics, plus de sanctions. </strong>Vous allez créer ce que vous prétendez combattre, et quand vous serez submergés vous mettrez ça sur le dos de la bien-pensance, vous inverserez les rôles.&nbsp;»</p>



<p>La présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône, Martine Vassal, « a anéanti à son arrivée, en 2014, les soutiens aux associations qui portent l’aide sociale. <strong>Terminé les aides aux devoirs</strong> en sortie d’école, fini l’activité périscolaire, personne pour rattraper les jeunes le long des pentes glissantes des quartiers paupérisés par les soins de ses prédécesseurs. Les gamins qui avaient autour de 10 ans en 2014 en ont 21 désormais : ceux qui zigouillent comme ceux qui meurent. »</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full is-resized"><img width="1920" height="1347"  alt="" class="wp-image-384 lws-optimize-lazyload" style="aspect-ratio:1.5;object-fit:contain;width:400px"/ data-src="https://insemeamanca-lapres.fr/wp-content/uploads/2026/02/image-2.avif"></figure>
</div>


<h3 class="wp-block-heading">4/ Les solutions</h3>



<p>Partent d’un constat&nbsp;: le tout sécuritaire ne fonctionne pas, t<strong>ravaillons avec les «&nbsp;vulnérables&nbsp;»</strong></p>



<p><strong>Analyse de la situation :</strong></p>



<p>C’est sur ce <strong>mal-être </strong>qu’il faut agir plutôt que de courir après <strong>le monstre du narcotrafiquant « mexicanisé ».</strong> La police au mieux bricole pour que ça aille mieux, mais dans le sécuritaire.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>«&nbsp;Les policiers ne sont que des infirmiers au chevet d’une population qui souffre. Ils pansent les plaies pour éviter que tout cela ne pourrisse, ça soulage, c’est nécessaire, mais ça ne soigne en rien.&nbsp;»</p>
</blockquote>



<p>Les policiers obéissent aux ordres&nbsp;:</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>« Mais vous aurez beau ramasser des milliers de gamins au pied de toutes les cités de France, vous aurez beau former des unités spéciales pour démanteler les réseaux de stups, vous pourrez communiquer au monde des kilomètres de statistiques, avec les saisies de drogue, d’armes, d’avoirs criminels, vous aurez beau déclarer encore et encore la guerre aux trafics en tous genres, <strong>vous n’arriverez à rien si tout cela ne s’accompagne pas d’un travail immense sur les vulnérables.</strong> »</p>
</blockquote>



<p><strong>Sans ces vulnérables, pas de trafic :</strong></p>



<p>La paresse intellectuelle des élus, la recherche du sensationnalisme de nos gouvernants leur font mener une politique qui privilégie la rapidité du «&nbsp;coup de menton&nbsp;» au travail de de fond.</p>



<p>La réponse de notre gouvernement&nbsp;est l<strong>’exhibition de chefs de cartel</strong> contre lesquels il faut agir et saisir les biens, la culpabilisation de petits dealers et de consommateurs sans connaître leur situation&nbsp;: la très grande majorité de ces derniers est précaire, malade de sa toxicomanie, à la recherche de sa dose.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>«&nbsp;La précarité économique s’est faite précarité sociale et, génération après génération, cette précarité est parfois devenue psychique.&nbsp;»</p>



<p>«&nbsp;Il faut arrêter ce laxisme&nbsp;social, le laxisme intellectuel, le laxisme politique sur les questions de criminalité et de délinquance. Depuis des décennies, un&nbsp;déni de responsabilité&nbsp;ronge les politiques dites de la ville, si bien qu’on invente un laxisme sécuritaire parce que finalement le sécuritaire, c’est la seule chose que l’on sait faire.&nbsp;»</p>
</blockquote>



<p><strong>La&nbsp;stigmatisation&nbsp;des consommateurs</strong>&nbsp;, on invente les «&nbsp;festifs&nbsp;» : à Marseille il y a peu de consommateurs festifs, la toxicomanie est dans la rue, souvent le protoxyde d’azote en vente libre.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>«&nbsp;la police compte autour de 160 points de vente actifs en permanence, sans compter les livraisons façon Uber Shit. C’est l’une des villes qui se drogue le plus en France et le chiffre d’affaires global est de plusieurs centaines de millions d’euros par mois. Pour une raison simple, ce sont <strong>les habitants des quartiers </strong>eux-mêmes qui consomment de la drogue. Et pas pour écouter de la musique électro en gigotant dans un club.&nbsp;»</p>
</blockquote>



<p><strong>L’urgence absolue&nbsp;est </strong>:</p>



<p><strong>Au renforcement des services publiques : </strong></p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p><strong>&#8220;Lorsque les structures de l’Etat s’affaiblissent,</strong> les groupes criminels<br> ne se contentent pas de faire du trafic, elles se présentent à la <br>population comme un acteur social&#8221;, explique  Roberto Saviano , l&#8217;auteur de <i>Extra pure, Voyage dans l&#8217;économie de la cocaïne </i>(Gallimard)</p>
</blockquote>



<p><strong>Au rétablissement d’une solide politique de santé mentale.</strong></p>



<p>Les personnes vulnérables psychologiquement&nbsp;sont les premières proies du banditisme. Les malfaiteurs en feront des victimes ou des meurtriers. De l’esclave à l’assassin&nbsp;».</p>



<p><strong>Au&nbsp;renforcement du travail éducatif&nbsp;:</strong>&nbsp;«&nbsp;Les éducateurs en France protègent bien plus de jeunes de la criminalité qu’ils n’ont d’échecs dans leur réinsertion. «&nbsp;</p>



<p>Tous ont besoin d’accompagnement social, voire médical, psychiatrique, de salles de réduction des risques, de centres d’accompagnement et de prévention en addictologie les CSAPA .</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>«&nbsp;Cependant désormais,&nbsp;le message officiel, relayé partout et par tous, consiste à dénoncer une <strong>criminalité surpuissante,</strong> organisée pour dévorer des pans entiers de notre société.</p>



<p>Mais vous aurez beau ramasser des milliers de gamins au pied de toutes les cités de France, vous aurez beau former des unités spéciales pour démanteler les réseaux de stups, vous pourrez communiquer au monde des kilomètres de statistiques, avec les saisies de drogue, d’armes, d’avoirs criminels, vous aurez beau déclarer encore et encore la guerre aux trafics en tous genres, vous n’arriverez à rien si tout cela ne s’accompagne pas d’un&nbsp;<strong>travail immense sur les vulnérables.&nbsp;»</strong></p>
</blockquote>



<p>&nbsp;En effet moins de «&nbsp;vulnérables,&nbsp;» moins de cette main d’oeuvre précaire sans laquelle le trafic ne fonctionne pas</p>



<h3 class="wp-block-heading">5/ En conclusion&nbsp;:</h3>



<p>«&nbsp;Les réseaux de stups n’enrichissent pas les quartiers populaires, ils les exploitent. La république ne doit plus leur fournir une main‐d’œuvre servile, car vulnérable.</p>



<p>Ce sont les faiblesses exploitables des populations qui permettent le crime ; et il faut le redire avec force:</p>



<p class="has-medium-font-size"><strong>«&nbsp;le crime n’a même pas à fabriquer ces vulnérabilités puisque notre société s’en charge&nbsp;»</strong></p>



<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<iframe title="À Marseille, le trafic de drogue &quot;exploite&quot; les &quot;vulnérabilités&quot; des jeunes, estime Philippe Pujol" width="872" height="491"  frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen class="lws-optimize-lazyload" data-src="https://www.youtube.com/embed/WtkikdWMsys?feature=oembed"></iframe>
</div></figure>



<p>Philippe Pujol&nbsp;:&nbsp;<em>Cramés. Les enfants du Monstre&nbsp;</em>(Julliard, septembre 2024).</p>



<p>Libération du&nbsp;<a href="https://www.liberation.fr/idees-et-debats/tribunes/philippe-pujol-prix-albert-londres-le-narcotrafic-prolifere-sur-les-vulnerables-dune-societe-detraquee-20251121_DYLSJDWS4JAFFMEDHGO3CGLU74/" rel="noreferrer noopener" target="_blank">https://www.liberation.fr/idees-et-debats/tribunes/philippe-pujol-prix-albert-londres-le-narcotrafic-prolifere-sur-les-vulnerables-dune-societe-detraquee-20251121_DYLSJDWS4JAFFMEDHGO3CGLU74/</a></p>



<p>À Marseille, le trafic de drogue «&nbsp;exploite&nbsp;» les «&nbsp;vulnérabilités&nbsp;» des jeunes,&nbsp;Philippe Pujol&nbsp;&nbsp;sur&nbsp;France inter il y a un an</p>



<p>Et pour poursuivre : « Si je vivais dans un quartier pauvre de Marseille, j’aurais choisi d’être guetteur » Blog de Médiapart<br><a href="https://blogs.mediapart.fr/nassurdine-haidari-0" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Nassurdine Haidari</a> Un ancien élu de Marseille, président du Conseil représentatif des associations noires de France,  militant politique et associatif.</p>



<p><a href="https://blogs.mediapart.fr/nassurdine-haidari/blog/171225">https://blogs.mediapart.fr/nassurdine-haidari/blog/171225</a></p>



<p><a href="https://www.mediapart.fr/journal/france/200224/marseille-des-petites-mains-du-deal-racontent-leur-entree-dans-le-metier">https://www.mediapart.fr/journal/france/200224/marseille-des-petites-mains-du-deal-racontent-leur-entree-dans-le-metier</a></p>



<h1 class="wp-block-heading"><br></h1>



<p><em><a href="https://insemeamanca-lapres.fr/wp-admin/post.php?post=197&amp;action=edit" rel="noreferrer noopener" target="_blank">EditLa lutte contre le trafic de stupéfiants</a></em></p>



<figure class="wp-block-image"><img  alt=""/ class="lws-optimize-lazyload" data-src="https://secure.gravatar.com/avatar/e4d5c709fa03ff9d979568aed1b9ab80e5d839a2d784a1f05e763cbdae08c22c?s=80&amp;d=mm&amp;r=g"></figure>



<p><a href="https://insemeamanca-lapres.fr/author/durazzi/" rel="noreferrer noopener" target="_blank"></a></p>



<p><a href="https://insemeamanca-lapres.fr/author/durazzi/" rel="noreferrer noopener" target="_blank">Catherine Durazzi</a></p>



<p><a href="https://insemeamanca-lapres.fr/author/durazzi/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">More by Catherine Durazzi</a></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>De quoi le corse est-il le nom ?</title>
		<link>https://insemeamanca-lapres.fr/2026/02/de-quoi-le-corse-est-il-le-nom/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Istria]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 04 Feb 2026 17:22:05 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Arguments et analyses]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://insemeamanca-lapres.fr/?p=211</guid>

					<description><![CDATA[Un rappel nécessaire&#160;: l’ancienneté du lien avec la culture italienne La question linguistique en Corse se &#8230; <a title="De quoi le corse est-il le nom ?" class="hm-read-more" href="https://insemeamanca-lapres.fr/2026/02/de-quoi-le-corse-est-il-le-nom/"><span class="screen-reader-text">De quoi le corse est-il le nom ?</span>Read more</a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<h2 class="wp-block-heading">Un rappel nécessaire&nbsp;: l’ancienneté du lien avec la culture italienne</h2>



<p>La question linguistique en Corse se nourrit d’affrontements polémiques qui nous semblent liés principalement à la négation ou à la minoration de la réalité linguistique de l’île, à savoir l’appartenance du corse à l’aire dialectale italienne. Il s’agit d’une singularité assez remarquable. En effet, on ne fait pas le même constat dans les régions italiennes telles que le Haut-Adige, où le lien entre la variété dialectale et l’allemand ne fait pas débat, de même que dans le Val d’Aoste entre le valdotain et le franco-provençal&nbsp;; ou, pour prendre un exemple en France, le cas de l’Alsace où personne ne nie l’appartenance de l’alsacien à l’aire dialectale allemande.</p>



<p>Comme l’ensemble des langues romanes, le corse est la variante locale du latin telle que parlée en Corse, à l’instar de l’ensemble des territoires ayant appartenu à l’empire romain. Pour ne citer que ces quelques idiomes, c’est exactement la même chose pour le galicien, le picard ou le roumain. </p>



<p class="has-text-align-center"><strong><em>Carte des langues romanes en Europe</em></strong></p>



<p class="has-text-align-center"><em>(Yuri Koryakov – 2001)</em></p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full is-resized"><img width="611" height="434"  alt="" class="wp-image-225 lws-optimize-lazyload" style="aspect-ratio:1.4078146812983268;width:690px;height:auto"/ data-src="https://insemeamanca-lapres.fr/wp-content/uploads/2026/02/image-1.webp" srcset="https://insemeamanca-lapres.fr/wp-content/uploads/2026/02/image-1.webp 611w, https://insemeamanca-lapres.fr/wp-content/uploads/2026/02/image-1-300x213.webp 300w" sizes="(max-width: 611px) 100vw, 611px" /></figure>
</div>


<p>A partir du 11<sup>ème</sup> siècle, l’île va se retrouver sous domination «&nbsp;italienne&nbsp;», d’abord pisane puis génoise. Cette situation qui va durer jusqu’en 1768 ne va pas être sans conséquence sur le plan linguistique.</p>



<p>Et de fait pendant plusieurs siècles, en Corse on a parlé corse et écrit en toscan, cela y compris lorsque l’île était sous domination génoise ou à partir du moment elle est devenue française. Ces écrits, en italien une fois le toscan devenu la langue officielle de l’Italie après son unification, se poursuivent jusqu’au début du vingtième siècle. Les écrits anciens que l’on trouve dans l’île ne sont pas toujours du pur toscan&nbsp;ou de l’italien «&nbsp;académique&nbsp;» ; on y trouve en effet des traces de langage populaire insulaire. On ne parle pas dans ce cas de «&nbsp;corse&nbsp;» écrit, mais de «&nbsp;vulgaire toscan&nbsp;»<a href="#_ftn1" id="_ftnref1">[1]</a>. Quant aux textes les plus anciens écrits en corse que l’on trouve dans les archives en Corse, ils datent pour quelques-uns d’entre eux de la fin du dix-neuvième siècle<a href="#_ftn2" id="_ftnref2">[2]</a> et surtout du début du vingtième.</p>



<p>Cette proximité culturelle avec l’Italie de la part des insulaires va se traduire de différentes manières qui vont perdurer plus ou moins longtemps au cours des dix-neuvième et vingtième siècles. Ainsi, beaucoup de ceux qui souhaitaient suivre des études supérieures allaient naturellement apprendre le droit à Florence ou la médecine à Pise. L’habitude pour certaines familles insulaires d’envoyer leurs enfants faire une partie de leurs études en Italie va d’ailleurs perdurer jusqu’à la deuxième guerre mondiale. Enfin, jusqu’au début des années 1970, une part significative des élèves de lycée choisissaient l’italien comme première langue vivante.</p>



<p>Cet entrelacement intellectuel, culturel, social avec l’Italie va en grande partie voler en éclat avec la première guerre mondiale. Celle-ci marque l’intégration de fait de la Corse dans l’Empire français. Dorénavant, si l’on souhaite se former ou faire carrière, c’est au sein de la nation française et de ses possessions coloniales qu’il faut se mobiliser. Le nombre de corses – comme fonctionnaires, entrepreneurs ou commerçants, voire pour certains dans des activités plus délictueuses – présents sur le continent français et dans le reste de l’Empire est là pour en attester. Cette présence va d’ailleurs perdurer dans les ex-possessions coloniales après les indépendances, notamment en Afrique.</p>



<p>Cette émigration sur le continent et au sein de l’Empire se poursuit après la deuxième guerre mondiale. Conjuguée aux pertes liées à la première guerre, elle va accentuer le phénomène de déprise d’une pratique généralisée du corse&nbsp;: une bonne partie des locuteurs en âge de travailler quittent l’île, ce qui rend plus difficile la transmission de la langue aux plus jeunes, d’autant que dans la plupart des cas, les enfants suivent leurs parents quand ceux-ci quittent la Corse, et se retrouvent projetés hors de leur environnement corsophone.</p>



<p>Bien plus que l’enseignement généralisé en français<a href="#_ftn3" id="_ftnref3">[3]</a>, c’est cette évolution qui va progressivement entraîner la baisse de l’usage du corse.</p>



<p>Aujourd’hui, trois chemins nous paraissent ouverts quant à l’avenir du corse&nbsp;:</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>son extinction progressive avec la raréfaction des locuteurs, et sa survivance sous forme de traces dans une forme régionalisée de français, à l’instar du provençal&nbsp;;</li>



<li>la mise en place d’un dispositif coercitif qui «&nbsp;oblige&nbsp;» les corses à y recourir. C’est ce qu’implique de fait la revendication de la co-officialité, présentée par ses tenants comme le moyen privilégié, voire unique, de renouveau de l’usage du corse.</li>



<li>la construction d’un cadre incitatif qui emporterait progressivement l’adhésion de la population à un renouveau de l’usage de la langue, et qui passe selon nous par une reconstruction du lien autrefois vivant avec la sphère culturelle et humaine italienne.</li>
</ul>



<p>Si l’on veut bien envisager de manière réaliste le redéveloppement de l’usage du corse, c’est cette troisième solution qui nous paraît la plus souhaitable. Pour étayer cette position, nous nous pencherons dans un premier temps sur les conditions qui amènent une langue à devenir «&nbsp;officielle&nbsp;» &#8211; en prenant principalement l’exemple du français -, puis nous interrogerons les enjeux qui s’attachent à la mise en œuvre d’une langue corse officielle, et enfin nous explorerons les pistes qui nous paraissent les plus pertinentes à court et moyen termes pour un renouveau de l’usage du corse.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Comment une langue devient officielle</h2>



<p>Nous rappellerons dans un premier temps ce que dit Pierre Bourdieu à propos de la légitimité d’une langue, c’est-à-dire sa capacité à occuper une place «&nbsp;officielle&nbsp;». Ce qui fonde cette légitimité ce n’est pas sa valeur intrinsèque (par exemple sa qualité grammaticale ou orthographique), ce sont les «&nbsp;conditions de production&nbsp;» des producteurs/consommateurs (les locuteurs) de cette langue, c’est-à-dire le «&nbsp;marché&nbsp;» dans lequel cette langue constitue un capital – en l’occurrence un capital linguistique<a href="#_ftn4" id="_ftnref4">[4]</a>. C’est bien évidemment le cas du français en France, dont une bonne maitrise est effectivement un atout indiscutable pour une meilleure insertion, qu’elle soit professionnelle ou plus largement sociale.</p>



<p>Comment ce qu’on appelle aujourd’hui la langue française est-elle devenue cette langue unifiée dans l’espace national français&nbsp;? Il est admis que, dès le Moyen-Âge, du fait de sa centralité géographique au sein de l’espace linguistique d’oïl, les textes écrits (les «&nbsp;scriptas&nbsp;») de la région parisienne sont moins marqués dialectalement&nbsp;; la langue utilisée dans l’Île de France apparaît ainsi mieux adaptée pour permettre une intercommunicabilité avec les autres régions aux dialectes plus marqués (Picardie, Bourgogne, Normandie, etc.). Ensuite, à partir du 14<sup>ème</sup> siècle, devenue la langue de la Cour et des chancelleries parisiennes, elle jouit d’un prestige croissant qui facilite son imposition dans la moitié Nord de la France. Tout aristocrate, nobliau ou bourgeois souhaitant se faire une place dans&nbsp;l’élite de l’époque se doit de la maîtriser, ne serait-ce que pour pouvoir communiquer avec les acteurs dominants de la société de l’époque. Remplaçant le latin dans les actes officiels<a href="#_ftn5" id="_ftnref5">[5]</a>, ce parler devenu ainsi celui de l’élite, supplante progressivement les autres dialectes, qui évoluent en patois de la langue d‘oïl.</p>



<h4 class="wp-block-heading">La notion de marché linguistique</h4>



<p>Avec l’unification politique de la nation française, le besoin d’une langue de communication officielle s’est fait sentir pour l’ensemble du territoire. Et avec l’unification du territoire s’est donc constitué un «&nbsp;marché unique&nbsp;» linguistique dans lequel la maîtrise de la langue constitue comme indiqué plus haut un «&nbsp;capital&nbsp;» linguistique. Et ce capital linguistique, pour citer encore Bourdieu, produit un «&nbsp;profit de distinction&nbsp;», source à son tour de profits symboliques (une identité sociale plus ou moins prestigieuse) mais aussi matériels, tels que des postes ou des avantages économiques dont jouissent prioritairement les détenteurs de la «&nbsp;compétence légitime&nbsp;» en matière de langue.</p>



<p>Même si le système scolaire joue un rôle central dans la légitimation de la langue officielle, il est reconnu aujourd’hui que ce n’est pas la généralisation de l’enseignement en français qui a principalement conduit au recul de l’usage des parlers locaux. Ce qui a joué en premier lieu c’est l’adhésion de franges de plus en plus larges des populations, à commencer par les notables et les bourgeoisies locales<a href="#_ftn6" id="_ftnref6">[6]</a>, à une langue dont la maîtrise conditionnait toute évolution sociale positive dans un marché politique et économique qui s’élargit désormais au-delà des limites du canton ou du département<a href="#_ftn7" id="_ftnref7">[7]</a>.</p>



<p>A une époque plus reculée, au début de notre ère, c’est un processus tout à fait comparable qui a amené à une extinction du gaulois. Cette langue va progressivement disparaître au profit du latin après la conquête de la Gaule par les Romains. Sans interdire le gaulois, ceux-ci ont fait du latin la langue officielle de l’Etat et ont mis en place un système d’instruction dans cette langue. Devenue la langue des élites dans un premier temps, elle est adoptée par des franges de plus en plus larges de la population en quête d’ascension sociale. Généralisé progressivement dans l’administration, l’école, l’armée, le commerce, etc., le latin va ainsi supplanter en quelques siècles le gaulois<a href="#_ftn8" id="_ftnref8">[8]</a>.</p>



<p>A l’inverse, il est bon de garder à l’esprit que, contrairement à une idée largement répandue, les peuples vaincus n’adoptent pas systématiquement la langue du vainqueur&nbsp;: les Francs qui envahissent la Gaule à partir du V<sup>ème</sup> siècle ne parviennent pas à imposer leur langue germanique face au latin et finissent eux-mêmes par adopter celui-ci. De même au 11<sup>ème</sup> siècle, les normands avec Guillaume le Conquérant envahissent l’Angleterre et y importent leur langue&nbsp;; bien que largement influencé par le normand, c’est l’anglais qui au final prendra le dessus.</p>



<p>De nos jours, c’est une logique de marché de même nature qu’avec le français au 16<sup>ème</sup> siècle qui veut que la maîtrise de l’anglais international &#8211; le «&nbsp;globish&nbsp;», à ne pas confondre avec la langue de Shakespeare &#8211; soit devenue une ressource indispensable pour quiconque aspire à un poste élevé dans une organisation publique internationale ou une entreprise multinationale. C’est donc bien l’existence d’un marché linguistique qui pousse à l’usage de l’anglais<a href="#_ftn9" id="_ftnref9">[9]</a> et a contrario, c’est son absence qui entraine principalement la baisse de l’usage des langues régionales, et ce malgré le développement de leur enseignement.</p>



<p>Enfin, dans le même ordre d’idées, la virulence des défenseurs des langues anciennes (latin, grec ancien) et de leur enseignement tient au fait que dans la réalité, ils ne défendent pas ces langues pour leurs qualités intrinsèques – par exemple la difficulté de la grammaire ou le charme des déclinaisons – mais pour le capital de légitimité qu’elles constituent dans un marché<a href="#_ftn10" id="_ftnref10">[10]</a> qui, dans les faits, est en voie de disparition. A une époque pas si lointaine, être agrégé de grec ou de latin c’était en effet «&nbsp;quelque chose&nbsp;» et cela ouvrait la porte à des postes prestigieux et pas uniquement dans l’enseignement. A travers la défense de ces langues, ce qui est en réalité défendu c’est le maintien d’un marché dans lequel ces langues apportent – ou plutôt apportaient –un profit de distinction.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le sens d’une langue corse officielle&nbsp;?</h2>



<h4 class="wp-block-heading">Ne pas confondre enseignement et usage</h4>



<p>Si l’on veut examiner la question de la pertinence d’une langue corse officielle, il faut en quelque sorte refaire le film à l’envers, et en évitant avant toute chose de confondre <strong>usage</strong> et <strong>enseignement</strong>. Le problème qui est en effet posé aujourd’hui en Corse est avant tout le recul de l’usage de la langue dans la vie de tous les jours, du fait de la diminution du nombre de locuteurs «&nbsp;véritables&nbsp;» et non pas la question de son enseignement, dont les moyens n’ont jamais été aussi importants.</p>



<p>On peut illustrer ce propos par une anecdote réelle quant aux les limites de l’enseignement d’un corse plus ou moins unifié dans l’optique du renouveau de son usage. Dans les années 2000, un élève de 6<sup>ème</sup> se voyait par exemple enseigner le nom «&nbsp;corse&nbsp;» de ses affaires de classe (la trousse, le cahier, le compas, etc.). Or, les mots ainsi appris apparaissaient totalement étrangers à ses grands-parents, qui eux étaient parfaitement corsophones. Que dire d’une telle pratique qui revient à apprendre à des enfants un idiome qu’ils n’auront dans les faits pratiquement aucune chance d’utiliser avec les locuteurs qu’ils ont en revanche la plus forte probabilité de rencontrer&nbsp;? Il ne s’agit pas ici de mettre en accusation les enseignants ou les auteurs de manuels, mais simplement d’illustrer le fait que, de même que l’enseignement en français n’a pas joué le rôle central et presqu’exclusif qu’on veut lui attribuer dans la réduction de l’usage des langues régionales, de même l’enseignement, quels que soient les moyens qui lui sont consacrés, ne pourra pas à lui seul assurer le renouveau de l’usage du corse dans l’île.</p>



<p>Dans le même ordre d’idées, la position des tenants d’un enseignement en corse de l’ensemble des matières scolaires comme moyen de revitalisation du corse nous semble relever de la pensée magique. L’on n’a jamais en effet enseigné les mathématiques ou les sciences naturelles en corse puisque la langue pour ce faire n’existait pas. Dans ces conditions, il semble un peu vain d’espérer que les enfants puissent utiliser ce qu’ils entendent en classe, alors que les locuteurs natifs de cette langue purement scolaire n’existent pas.</p>



<p>Pour nous résumer, même si l’enseignement du corse et en corse est absolument nécessaire, nous pensons que ce sont d’autres champs qu’il faut privilégier pour redonner vigueur à l’usage du corse.</p>



<h4 class="wp-block-heading">La co-officialité</h4>



<p>Pour ses défenseurs, c’est la co-officialité qui constitue donc la solution à ce problème. Sur un plan strictement linguistique, nous pensons qu’il s’agit d’une démarche illusoire, car pour le dire vite, cela revient, pour faire face à la baisse du nombre de locuteurs, à proposer de former des académiciens quand la question posée à court terme est d’inciter et de permettre aux gens d’acheter leur pain ou leur journal en corse.</p>



<p>Examinons néanmoins les questions soulevées par cette proposition.</p>



<p>En premier lieu, il convient de poser la question de l’unification linguistique. Créer un corse officiel, c’est créer une langue standardisée, disposant d’une grammaire stabilisée et d’une orthographe unifiée. Sauf à penser une fois de plus qu’en Corse, les mêmes causes ne produisent pas les mêmes effets qu’ailleurs, on voit mal en effet une langue qui serait, entre autres choses, utilisée pour des textes juridiques, disposer de plusieurs orthographes, voire de formes morphosyntaxiques différentes. Cela signifie au choix l’imposition d’une des variantes micro-régionales comme langue légitime ou bien la création d’un nouvel idiome «&nbsp;artificiel&nbsp;» à partir d’emprunts issus des différents dialectes de l’île. Dans les deux cas, cela élimine pour un usage officiel les variétés dialectales et conduit très certainement à terme à leur disparition. Par ailleurs, cela implique la création de tous les termes nouveaux permettant d’utiliser la nouvelle langue pour des usages administratifs, techniques, juridiques, etc. Bref, il s’agit dans tous les cas de créer une langue qui n’existe pas aujourd’hui<a href="#_ftn11" id="_ftnref11">[11]</a>.</p>



<p>Mais comme expliqué plus haut, la qualité intrinsèque de la langue et son homogénéisation dialectale n’en garantissent pas l’usage. Pour cela, il faut aussi créer le marché dans lequel la maîtrise de la nouvelle langue «&nbsp;dédialectisée&nbsp;» va pouvoir constituer un capital produisant un effet de distinction<a href="#_ftn12" id="_ftnref12">[12]</a>. Cela signifie plusieurs choses.</p>



<p>Tout d’abord, cela implique de créer le corps des acteurs qui détiennent le monopole d’instituer la légitimité de la langue, c’est-à-dire les grammairiens, les enseignants, voire les écrivains, et que tous ceux-ci se voient effectivement reconnaitre cette autorité à «&nbsp;dire le droit&nbsp;» pour la langue nouvellement créée<a href="#_ftn13" id="_ftnref13">[13]</a>. Dans le cas particulier des enseignants, cela passe à coup sûr par la mise en place d’un statut spécifique différent de celui relevant de l’Education Nationale<a href="#_ftn14" id="_ftnref14">[14]</a>.</p>



<p>Par ailleurs, à travers la standardisation et l’homogénéisation dialectale, la légitimation d’une langue officielle implique une hiérarchisation des styles (populaire, soutenu, etc.) et notamment une dévalorisation progressive de ses formes les plus populaires, ravalées au rang de patois. Ç’a été le cas pour le français avec les dialectes locaux appartenant pourtant à la même aire linguistique que le parler de l’Île de France (le picard, le normand, etc.), et ce ne pourrait qu’être le cas pour le corse officiel vis-à-vis de ses variantes micro-régionales qui, si elles perduraient, se retrouveraient délégitimées de fait et en droit.</p>



<p>Ensuite, les détenteurs de la plus haute compétence linguistique, autrement dit ceux qui maîtrisent le mieux la langue, doivent pouvoir logiquement bénéficier des profits symboliques et matériels que cette compétence est censée leur apporter. Parmi ces derniers, on peut citer classiquement l’accès privilégié aux postes les plus élevés dans l’administration ainsi qu’aux marchés publics. Il apparaît ainsi clairement que la création d’une langue corse officielle ne pourrait être effective sans au minimum la corsisation stricte des emplois publics et la modification du statut de la fonction publique d’une part, et sans préférence régionale en matière économique d’autre part, puisque, comme indiqué plus haut, le marché unifié dans lequel cette langue constituerait un capital est strictement circonscrit au territoire insulaire.</p>



<p>Cet ensemble de dispositions (statut spécifique pour les enseignants, remise en cause du statut des fonctionnaires et probablement de pans plus larges du code du travail, préférence régionale en matière de marchés publics, etc.) constitue de fait le dispositif coercitif minimum pour permettre l’imposition de la langue nouvellement créée dans un champ progressivement élargi de pratiques sociales et économiques. Nous ne sommes pas certains que la société corse soit un jour prête à se laisser imposer un tel dispositif.</p>



<p>En fait, les implications liées à la création d’une langue officielle nous amènent à penser que cette revendication ne trouve véritablement sa raison d’être que dans une perspective clairement politique, qui est d’en faire la langue d’une future nation corse souveraine. Dans ce cas en effet, les corses seraient effectivement légitimes à engager un processus de construction d’une langue par élaboration<a href="#_ftn15" id="_ftnref15">[15]</a>, à l’instar de ce qu’ont fait les néerlandais il y a plusieurs siècles<a href="#_ftn16" id="_ftnref16">[16]</a>, lorsqu’ils décidèrent de faire de l’ensemble de leurs dialectes, pourtant proches de l’allemand standard, une langue normée et standardisée – pour ne pas parler bien entendu de l’Italie du <em>Risorgimento</em> au 19<sup>ème</sup> siècle.</p>



<p>Pour résumer, la création d’une langue corse officielle ne peut aboutir selon nous qu’accompagnée d’un indispensable dispositif coercitif en vue de pousser la population corse à adopter massivement ces nouveaux usages, et n’a en fait de sens qu’en tant que revendication transitoire dans la perspective de la création d’une nation corse indépendante.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une autre voie est-elle possible&nbsp;?</h2>



<p>Compte tenu de, ou malgré ce qui est dit ci-dessus, nous continuons de penser que peut exister une autre voie, entre extinction progressive et coercition, qui permette de revitaliser l’usage du corse.</p>



<p>Pour commencer, nous rappellerons que la pratique d’une langue, comme toute activité culturelle, est avant tout un acte de liberté, individuelle et collective. Ce qui signifie qu’en régime démocratique, l’usage d’une langue repose principalement sur une adhésion libre des populations concernées<a href="#_ftn17" id="_ftnref17">[17]</a>, même si c’est du fait de profits symboliques ou matériels qu’elles peuvent tirer de sa maîtrise.</p>



<p>Dans une démarche qui ne nécessite pas pour nous de s’affranchir du cadre institutionnel français (autrement dit, qui n’implique pas une séparation de l’île avec la République), il s’agit de viser à consolider une situation non pas de co-officialité mais de diglossie, telle qu’elle existe par exemple en Suisse Alémanique, où l’on utilise d’une part le dialecte suisse alémanique dans des domaines d’emploi familiers ainsi qu’à la radio et à la télévision, mais essentiellement à l’oral, et d’autre part l’allemand standard à l’oral et à l’écrit dans les domaines officiels, administratifs, scientifiques, etc. L’idée est d’aboutir à une situation similaire, où le français continue de jouer le rôle qu’il a aujourd’hui – la langue officielle, notamment pour les textes écrits officiels &#8211; et où le corse &#8211; dans le respect de ses variantes dialectales &#8211; redeviendrait progressivement la langue courante de l’oralité dans les domaines d’emploi les plus quotidiens.</p>



<p>Mais, comme expliqué plus haut, réussir cela suppose là aussi de créer un marché linguistique, dans lequel l’usage du corse constituerait un capital linguistique. C’est ce qui nous différencie fondamentalement des tenants de la co-officialité. Nous pensons en effet que le réalisme doit guider nos pas plutôt que la pensée magique. Autrement dit, il s’agit de mettre en œuvre un processus reposant sur une économie de moyens, c’est-à-dire qui parte de l’existant – le français comme langue officielle standardisée et le corse comme langue principalement de l’oralité du quotidien -, plutôt que de parier que la volonté politique, par la magie de la co-officialité<a href="#_ftn18" id="_ftnref18">[18]</a>, conduirait à une généralisation de l’usage de la langue.</p>



<p>Pour éclairer ce propos, commençons par nous demander de quoi le corse est-il le nom&nbsp;?</p>



<p class="has-text-align-center"><strong><em>Variantes dialectales du corse</em></strong></p>



<p class="has-text-align-center"><em>(Université Laval – Quebec)</em></p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full is-resized"><img width="299" height="476"  alt="" class="wp-image-229 lws-optimize-lazyload" style="width:375px;height:auto"/ data-src="https://insemeamanca-lapres.fr/wp-content/uploads/2026/02/image-2.webp" srcset="https://insemeamanca-lapres.fr/wp-content/uploads/2026/02/image-2.webp 299w, https://insemeamanca-lapres.fr/wp-content/uploads/2026/02/image-2-188x300.webp 188w" sizes="(max-width: 299px) 100vw, 299px" /></figure>
</div>


<p>La langue corse montre les mêmes caractéristiques que la plupart des autres parlers locaux en France continentale ou ailleurs en Europe et qui renvoient à une époque où la population était principalement rurale et passait l’essentiel de sa vie sur un territoire d’étendue réduite. Elle est principalement d’usage parlé et adaptée aux situations purement contextuelles dans lesquelles se trouvent les locuteurs&nbsp;: on parle gibier quand on est la chasse, coupe de bois en forêt, élection en campagne électorale, affliction au moment d’un deuil, etc. Autrement dit, le corse permet de «&nbsp;mettre en mots&nbsp;» la situation conjoncturelle dans laquelle se trouve, s’est trouvé ou pourra se trouver le locuteur&nbsp;; mais on ne dispose pas du vocabulaire conceptuel qui permette de tenir une discussion décontextualisée, philosophique par exemple. De la même manière, elle se caractérise par une variabilité locale, qui fait que chaque vallée ou micro-région possède son parler propre, avec les spécificités de vocabulaire ou morphosyntaxiques qui lui sont attachées.</p>



<p>Ensuite, sauf à considérer qu’elles n’ont eu aucune influence sur le plan linguistique, les dominations pisane puis génoise font que le corse s’inscrit dans l’aire dialectale italienne. Sans détailler outre mesure, les linguistes inscrivent le corse dans une aire dialectale qui va de la Toscane jusqu’au nord de la Sardaigne (Gallura, Maddalena, Province de Sassari), et dont les variantes observées depuis le <em>capraiese</em> jusqu’au <em>gallurese</em> sont autant de variantes dialectales issues du toscan<a href="#_ftn19" id="_ftnref19">[19]</a>.</p>



<p>On peut aussi citer l’écrivain et linguiste italien du 19<sup>ème</sup> siècle Nicolo Tommaseo qui qualifie le corse qu’il entend à l’époque de «dialetto italiano più schietto e meno corrotto<a href="#_ftn20" id="_ftnref20">[20]</a>», ou encore de «lingua possente, e de&#8217; più italiani dialetti d&#8217;Italia<a href="#_ftn21" id="_ftnref21">[21]</a>».</p>



<p class="has-text-align-center"><strong><em>Répartition géographique des dialectes italiens centraux et méridionaux</em></strong></p>



<p class="has-text-align-center"><em>(Source&nbsp;: article «&nbsp;Lingua Corsa&nbsp;», Wikipedia Italienne)</em></p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full"><img width="310" height="439"  alt="" class="wp-image-212 lws-optimize-lazyload"/ data-src="https://insemeamanca-lapres.fr/wp-content/uploads/2026/02/image.webp" srcset="https://insemeamanca-lapres.fr/wp-content/uploads/2026/02/image.webp 310w, https://insemeamanca-lapres.fr/wp-content/uploads/2026/02/image-212x300.webp 212w" sizes="(max-width: 310px) 100vw, 310px" /></figure>
</div>


<p>La proximité des diverses variantes du corse avec des dialectes italiens est toujours avérée aujourd’hui&nbsp;; c’est ce qu’on observe entre les parlers du cap Corse et de l’île de Capraïa, ou entre celui de l’île de La Maddalena et les dialectes parlés dans la partie la plus méridionale de la Corse. On observe aussi une intercompréhension avec d’autres dialectes italiens plus lointains, tels que le sicilien avec les parlers du sud de la Corse. Bref, les liens linguistiques avec l’Italie sont encore aujourd’hui une réalité, et c’est sur cette réalité que nous pensons qu’il faut construire une politique de revitalisation de l’usage du corse.</p>



<p>Il n’est pas inutile de rappeler que même sous la domination génoise, c’est le toscan qui constitue en Corse la langue écrite et de culture<a href="#_ftn22" id="_ftnref22">[22]</a>. On n’a jamais enseigné les mathématiques ou la philosophie en corse mais très certainement en toscan. Pendant plusieurs siècles et jusqu’au milieu du dix-neuvième, la langue écrite en Corse était donc le toscan, qui donnera l’italien au moment du <em>Risorgimiento</em>. Le corse n’a en fait commencé à être écrit qu’à partir du début du vingtième siècle, et d’une certaine manière, on peut dire que depuis cette époque, plus on l’écrit, moins on le parle.</p>



<p>La Corse est en fait dans une situation linguistique comparable à celle de l’Alsace où la langue officielle y est le français et l’allemand la <strong><em>langue toit</em></strong> de l’alsacien. Il ne vient à personne l’idée de nier que l’alsacien appartient à l’aire dialectale allemande, et que sa maîtrise constitue un capital linguistique et social, qui élargit pour les alsaciens le champ des opportunités économiques et sociales au-delà de la seule Alsace jusqu’aux régions frontalières allemandes.</p>



<p>Il est aisé d’imaginer que si la Corse était restée italienne, nous n’aurions certainement pas ce rapport dramatisé avec la langue corse. A chaque fois que ce serait nécessaire, nous parlerions et écririons italien, et utiliserions nos différents dialectes pour nos usages quotidiens. La conclusion que nous tirons de ces différents constats est que l’origine de ce rapport dramatisé à la langue provient en très grande partie du refus de reconnaître la nature de l’italien dans l’espace linguistique corse, à savoir qu’il en est la <strong><em>langue toit</em></strong>. Pour résumer, la réalité linguistique de la Corse aujourd’hui, c’est le français comme langue officielle et l’italien comme <em>langue toit</em> des différents dialectes insulaires. Refuser cela revient à isoler le corse, à le couper de son contexte culturel et humain, et constitue par-là le meilleur moyen de le condamner définitivement en tant que langue vivante. Pour le dire autrement, il s’agit de refaire de la Corse ce qu’elle a été pendant des siècles, une «&nbsp;province&nbsp;» linguistique italienne.</p>



<p>Un projet réaliste – c’est-à-dire qui se veuille avant tout économe en moyens – de revitalisation de l’usage du corse doit donc privilégier les bénéfices linguistiques qui peuvent être tirés de cette proximité avec l’italien de manière à relancer à court terme l’usage du corse, principalement répétons-le, comme langue de l’oralité du quotidien.</p>



<p>Les pistes à explorer devraient alors viser à&nbsp;:</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Renforcer l’enseignement de l’italien en incitant notamment à la choisir comme première langue vivante, voire commencer son enseignement dès l’école primaire,</li>



<li>Conforter l’enseignement du corse et en corse, dans le respect de ses variétés dialectales&nbsp;;</li>



<li>Et surtout retisser les liens, par des échanges entre locuteurs (notamment les plus anciens), entre élèves, entre enseignants, avec les régions italiennes qui utilisent encore des dialectes issus de la même famille, depuis la Toscane jusqu’à la Sardaigne.</li>
</ul>



<p>C’est en effet en développant massivement les échanges au sein de l’aire culturelle italienne, et plus particulièrement toscane, que nous pourrons créer les conditions d’un renouveau, positivement perçu, de l’usage du corse. La langue corse pourrait ainsi se constituer en vecteur d’accès privilégié à l’aire culturelle italienne.</p>



<p>Pour reprendre les propos développés dans le préambule, la maîtrise conjointe du corse et de l’italien pourrait ainsi constituer un capital linguistique dans un «&nbsp;quasi-marché&nbsp;» linguistique élargi à l’Italie. Nous avons la faiblesse d’imaginer que cette disposition faciliterait l’adhésion de la société corse à une réappropriation vivante et quotidienne de sa langue.</p>



<p>Ajaccio, Juillet 2021</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p><a href="#_ftnref1" id="_ftn1">[1]</a> Retali-Medori S., <em>Présence du corse dans les textes en latin médiéval et en vulgaire toscan (XI<sup>ème</sup>—XVI<sup>ème</sup> siècles)&nbsp;: quelques éléments lexicaux</em>, (Actes du XXVII<sup>ème</sup> congrès international de linguistique et de philologie romanes), 2016. (N.B.&nbsp;: le substantif «&nbsp;vulgaire&nbsp;» n’a dans le cas présent aucune signification péjorative, il sert simplement à désigner une catégorie linguistique).</p>



<p><a href="#_ftnref2" id="_ftn2">[2]</a> Voir par exemple le recueil <em>Proverbes, locutions et maximes de la Corse</em>, du docteur Antoine Mattei, datant de 1867.</p>



<p><a href="#_ftnref3" id="_ftn3">[3]</a> L’usage du corse par les élèves n’a pas subi en Corse la répression qu’a pu connaître par exemple le breton. A titre d’exemple, voir l’interview de Jean-Claude Morati dans Corse Matin du 25 novembre 2018&nbsp;: «&nbsp;<em>Lorsque je suis entré au [lycée] Fesch le 1<sup>er</sup> octobre 1949, je parlais déjà corse. Contrairement à ce qui se passait dans les villages, on ne nous interdisait pas de nous exprimer dans cette langue&nbsp;»</em></p>



<p><a href="#_ftnref4" id="_ftn4">[4]</a> Bourdieu P., <em>Ce que parler veut dire</em>, Fayard, 1982.</p>



<p><a href="#_ftnref5" id="_ftn5">[5]</a> C’est l’objet de l’ordonnance de Villers-Cotterêts (1539), qui dans une certaine mesure, ne fait qu’entériner un mouvement de centralisation linguistique en cours depuis plusieurs siècles. La volonté de François 1<sup>er</sup> est aussi d’affirmer le pouvoir monarchique face aux féodaux. A ce sujet, il est intéressant de rappeler qu’alors que le latin avait joué un rôle significatif dans l’unité de l’Empire Carolingien, sa chute et le développement concomitant de la féodalité vont entraîner un morcellement linguistique important dans les territoires qui le constituaient.</p>



<p><a href="#_ftnref6" id="_ftn6">[6]</a> Catégories qui, du fait du prestige conféré par leur position sociale, disposaient d’un indéniable pouvoir prescripteur en matière linguistique.</p>



<p><a href="#_ftnref7" id="_ftn7">[7]</a> Vigier P., <em>Diffusion d’une langue nationale et résistance des patois en France au XIXème siècle</em>, in&nbsp;: Romantisme, 1979, n°&nbsp;25-26</p>



<p><a href="#_ftnref8" id="_ftn8">[8]</a> A. Thibault, <em>Grammaire et histoire de la langue</em>, Cours de licence 1, Université Paris-Sorbonne, [en ligne – avril 2019].</p>



<p><a href="#_ftnref9" id="_ftn9">[9]</a> On peut d’ailleurs se poser la question de savoir si le mandarin ne va pas connaître le même destin au cours du vingt-et-unième siècle.</p>



<p><a href="#_ftnref10" id="_ftn10">[10]</a> Bourdieu P., <em>Ce que parler veut dire</em>, op. cit.</p>



<p><a href="#_ftnref11" id="_ftn11">[11]</a> Comme le rappelle là encore Bourdieu, une langue officielle est toujours une construction semi-artificielle.</p>



<p><a href="#_ftnref12" id="_ftn12">[12]</a> Soyons conscients que ce marché est dans ce cas strictement limité au territoire de l’île.</p>



<p><a href="#_ftnref13" id="_ftn13">[13]</a> C’est notamment le rôle dévolu au «&nbsp;Cunsigliu di a lingua&nbsp;» dont la création était envisagée dans le rapport (n°2013/O1/066) du Président du Conseil Exécutif de Corse (à l’époque «&nbsp;de gauche&nbsp;») portant «&nbsp;Proposition de statut pour la co-officialité et la revitalisation de la langue corse&nbsp;», et plus particulièrement son article 4.</p>



<p><a href="#_ftnref14" id="_ftn14">[14]</a> On peut à ce sujet relire avec intérêt le rapport cité ci-dessus, et notamment son article 11.</p>



<p><a href="#_ftnref15" id="_ftn15">[15]</a> Notion d’<em>Ausbausprachen</em> élaborée par le linguiste allemand Heinz Kloss dans les années 1920.</p>



<p><a href="#_ftnref16" id="_ftn16">[16]</a> A. Thibault, <em>Linguistique comparée des langues modernes</em>, Cours de Licence 2, Université Paris – Sorbonne [en ligne – avril 2019].</p>



<p><a href="#_ftnref17" id="_ftn17">[17]</a> Sauf à considérer une situation telle que la Turquie au début du vingtième siècle quand Ata Türk imposa le passage de l’alphabet arabe à l’alphabet latin.</p>



<p><a href="#_ftnref18" id="_ftn18">[18]</a> Il nous semble utile de rappeler qu’en Suisse, les langues bien vivantes sont les variantes locales de langues «&nbsp;de haute culture&nbsp;» européennes&nbsp;: l’allemand, l’italien ou le français. A l’inverse, bien que quatrième langue officielle de la Confédération depuis sa standardisation en 1938, le romanche voit son usage péricliter, et l’on peut penser que c’est notamment lié à l’absence de lien fort avec une langue européenne dominante (une langue-toit génétiquement apparentée).</p>



<p><a href="#_ftnref19" id="_ftn19">[19]</a> A l’exception des deux dialectes issus du génois&nbsp;(le calvais aujourd’hui disparu et le bonifacien qui constitue un isolat du fait de la situation géomorphologique particulière de la cité) et du grec encore parlé à Cargèse.</p>



<p><a href="#_ftnref20" id="_ftn20">[20]</a> «&nbsp;Dialecte italien le plus pur et le moins corrompu&nbsp;».</p>



<p><a href="#_ftnref21" id="_ftn21">[21]</a> «&nbsp;Langue puissante, parmi les plus italiens des dialectes d’Italie&nbsp;».</p>



<p><a href="#_ftnref22" id="_ftn22">[22]</a> Cf. <em>Article «&nbsp;Lingua Corsa&nbsp;», </em>Wikipedia Italienne&nbsp;: «&nbsp;[I genovesi] di fatto proseguono nell&#8217;utilizzo del toscano illustre come lingua scritta e di cultura&nbsp;».</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>Un nouveau spectre hante l’Europe</title>
		<link>https://insemeamanca-lapres.fr/2026/02/un-nouveau-spectre-hante-leurope/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Istria]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 04 Feb 2026 17:01:24 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Arguments et analyses]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://insemeamanca-lapres.fr/?p=206</guid>

					<description><![CDATA[Article publié dans la revue Contretemps en juillet 2015 Pour reprendre la phrase fameuse de Karl &#8230; <a title="Un nouveau spectre hante l’Europe" class="hm-read-more" href="https://insemeamanca-lapres.fr/2026/02/un-nouveau-spectre-hante-leurope/"><span class="screen-reader-text">Un nouveau spectre hante l’Europe</span>Read more</a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><em><strong>Article publié dans la revue Contretemps en juillet 2015</strong></em></p>



<p>Pour reprendre la phrase fameuse de Karl Marx dans le <em>Manifeste du parti communiste</em> de 1848, on peut aujourd’hui affirmer qu’un spectre hante à nouveau l’Europe. Il ne s’agit plus désormais de celui du communisme, mais d’un spectre à deux visages,&nbsp;visages qui ont les traits de l’extrême-droite pour l’un et du séparatisme pour l’autre. La quasi-totalité des pays européens connaissent en effet la montée en puissance de mouvements nationalistes xénophobes ou séparatistes, et cela indépendamment de la couleur des gouvernements en place. La seule différenciation qui peut être notée – mais nous ne l’analyserons pas ici – est que ce sont plutôt les pays fédéraux qui génèrent des revendications séparatistes (Espagne, Belgique, Royaume-Uni) et les pays plus centralisés – tels que la France ou la Hongrie &#8211; qui abritent les mouvements d’extrême-droite les plus importants. La concomitance de la montée en puissance de ces deux courants ne doit rien au hasard. Ils sont en effet désormais perçus par une part croissante de la population comme une réponse à la crise de société que traverse le continent. Mais dans la réponse qu’ils apportent, s’ils présentent des analogies, ils divergent aussi sur un point fondamental, qui est celui de l’Etat. Il apparaît aujourd’hui nécessaire de tenter de comprendre pourquoi, à côté de l’abstention, la désespérance et la colère sociale trouvent un débouché politique vers ces courants plutôt que vers la gauche radicale.</p>



<h2 class="wp-block-heading">D’une crise économique à une crise de société</h2>



<p>La crise économique qui a éclaté à partir de 2007-2008 doit être vue comme l’ultime avatar d’une crise plus profonde de société. Pourquoi affirmer cela&nbsp;? Après trente ou quarante ans de marche en avant, le capitalisme dans sa forme financiarisée et mondialisée a en quelque sorte gagné la partie. Il constitue aujourd’hui un cadre de référence qui interfère plus ou moins profondément avec la quasi-totalité des activités humaines. L’idéologie de marché est devenue hégémonique bien entendu dans la sphère économique, mais a aussi gagné l’ensemble des autres compartiments de la vie humaine.</p>



<p>Sur le plan social, le primat du marché qui inspire la réduction de la sphère d’intervention de l’Etat et plus largement des institutions publiques, induit une remise en cause des catégories considérées comme des biens publics ainsi que des mécanismes de solidarité, cela au profit d’un élargissement du champ de la concurrence. Qu’ils s’agisse d’eau, d’énergie, mais aussi d’éducation, de santé, de Sécurité sociale, de retraites, les services publics qui assuraient l’essentiel de ces activités sont aujourd’hui soumis à la concurrence d’acteurs privés ou bien tout simplement privatisés.</p>



<p>Sur le plan politique, le mercantilisme inspire la quasi-totalité des politiques mises en œuvre dans le monde développé. De moins en moins d’activités apparaissent comme devant relever d’une intervention publique. La monnaie est ainsi confiée en Europe à une institution – la BCE – qui a été voulue comme indépendante des gouvernements – qui en démocratie sont censés tirer leur légitimité du peuple – et se retrouve mécaniquement aux mains de responsables «&nbsp;pro business&nbsp;», car il n’y a pas cinquante possibilités, c’est l’un ou l’autre des termes de l’alternative. Autre exemple de domaine qui semblait relever exclusivement du champ d’intervention régalien de l’Etat, la défense s’ouvre de plus en plus à des acteurs privés.</p>



<p>Enfin, sur le plan des relations humaines, l’idéologie de marché pousse à les considérer comme de simples interactions entre individus. Arrivé à ce stade, on peut comme au début du siècle dernier<a href="#_ftn1" id="_ftnref1">[1]</a>&nbsp;, parler à nouveau de «&nbsp;société de marché». Or, ce primat du mercantilisme dans l’ensemble de la sphère sociale ne peut pas combler le besoin ontologique du sentiment d’appartenance à une communauté. Une société ne peut être une juxtaposition d’individus. C’est en cela que ce système de valeurs mercantiliste élargit la crise économique à une crise de société.</p>



<p>Cette hégémonie économique, politique et idéologique du marché génère des symptômes au sein du corps social, symptômes qui se manifestent principalement par un profond sentiment de dépossession sur les plans social, politique et même éthique. Le séparatisme et le nationalisme xénophobe rencontrent un succès grandissant car ils sont perçus – on pourrait dire consciemment ou inconsciemment – par une part croissante de la population comme étant en mesure d’apporter un remède à cette société malade. D’une certaine manière, ils répondent à une question existentielle qui travaille toute communauté humaine&nbsp;: qui sommes-nous et que voulons-nous&nbsp;?</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un fort sentiment de dépossession</h2>



<p>Sur le plan social, ce sentiment de dépossession renvoie à une forme d’impuissance ressentie du fait de la mondialisation de l’économie. Entre autres conséquences, le capitalisme, dans la phase d’internationalisation croissante qu’il connaît depuis trente ans, a en effet éloigné les lieux de décision de l’espace de vie du plus grand nombre. Les «&nbsp;décideurs&nbsp;» &#8211; on entend par là ceux dont les décisions en matière économique vont affecter un&nbsp; nombre important de personnes &#8211; n’ont plus à faire face aux conséquences humaines des choix qu’ils opèrent. Et, de l’autre côté, ceux qui doivent subir les conséquences de ces décisions n’ont plus la possibilité matérielle de s’adresser à ceux qui les ont prises.</p>



<p>Pour prendre un exemple, en cas de plan social, de licenciements massifs, les salariés qui en sont victimes ne sont désormais plus en situation de se retourner vers les véritables responsables de leur situation. La décision de fermeture d’un établissement dans un pays européen trouve ainsi souvent son origine lors d’une réunion du conseil d’administration d’un fonds d’investissement dont le siège peut se trouver n’importe où dans le monde, de préférence dans un pays fiscalement accueillant, et dont les actionnaires se répartissent eux-mêmes en une multitude de nationalités et n’ont strictement aucun lien – qu’il s’agisse d’une simple proximité géographique ou culturelle &#8211; avec les salariés dont ils ont à décider de l’avenir. Bref, face à une décision qui saccage la vie de centaines de familles, aucun responsable ne peut réellement – il faudrait pouvoir dire physiquement – être atteint.</p>



<p>Depuis le début du 21<sup>ème</sup> siècle, ce fut le cas en France dans des entreprises comme Metaleurop, Molex, Continental, Dunlop, etc. A chaque fois, les véritables décideurs sont physiquement hors de portée, et le seul acteur qui peut être sollicité, c’est l’Etat, mais alors simplement pour rendre les conditions de licenciement moins dures.</p>



<p>La mondialisation de l’économie a ainsi introduit un changement radical&nbsp;: l’’affrontement entre salariés et détenteurs de capitaux n’est plus aujourd’hui possible, en tous cas selon les modalités que nous avons connues jusqu’à présent. En 1936, les salariés en grève sous le gouvernement de Front Populaire avaient pu occuper leurs usines pour appuyer leurs revendications, en ayant leurs patrons en face d&#8217;eux. Un parmi d’autres, Marcel Dassault devait ainsi faire face à ses ouvriers en grève, et d’une certaine façon pouvait quotidiennement observer les conséquences opérationnelles et humaines de ses décisions. En 2003, les salariés de Metaleurop ont eux aussi occupé leur usine lors de l’annonce de sa fermeture, allant jusqu’à menacer de verser de l’acide dans le canal passant à proximité. Mais cet acte désespéré traduisait simplement leur impuissance à toucher effectivement le véritable responsable de cette fermeture, à savoir le conseil d’administration d’un des principaux fonds d’investissement spécialisés dans les marchés de matières premières, basé en l’occurrence en Suisse, et pour lequel l’usine de Noyelles-Godault ne représentait qu’un actif peu rentable dont la fermeture s’imposait. Et ni le PDG ni le conseil d’administration de ce fonds n’ont eu à connaître ce que pouvait signifier concrètement la mise à pied de 800 salariés dans une région déjà martyrisée par la succession de crises (textile, mines, etc.) depuis plus de trente ans. Cela rend d’autant plus facile la prise de décisions «&nbsp;courageuses&nbsp;» pour le plus grand bien des actionnaires.</p>



<p>Ce sentiment de dépossession est aggravé sur un plan politique par l’absence de véritable alternative dans les politiques mis en œuvre. Que l’étiquette soit sociale-démocrate, conservatrice ou libérale, l’ensemble des gouvernements européens, sous la houlette des institutions de l’Union européenne, mettent en œuvre avec conviction des programmes d’austérité généralisée, en premier lieu pour les catégories populaires et les classes moyennes. Porté par la gauche ou la droite de gouvernement, c’est le même cocktail de remises en cause du droit du travail et du financement des systèmes de santé, de retraites, d’éducation et autres services publics. En outre, ces mesures s’accompagnent d’un discours présentant le système actuel comme inévitable, voire naturel<a href="#_ftn2" id="_ftnref2">[2]</a>. Tout est donc fait pour montrer qu’il n’y a pas d’autre politique envisageable, c’est le triomphe sur l’ensemble du continent de la pensée de Margaret Thatcher&nbsp;: <em>«&nbsp;TINA&nbsp;: There is no alternative<a href="#_ftn3" id="_ftnref3"><strong>[3]</strong></a>&nbsp;».</em> Dans ces conditions, à quoi bon voter puisque, dans tous les cas, le résultat ne conduit qu’au même résultat, avec son cortège d’angoisse du lendemain et d’insécurité sociale pour les classes populaires.</p>



<p>La dernière dimension est davantage d’ordre éthique. Le triomphe actuel sur le plan économique et politique du capitalisme s’accompagne d’une hégémonie sur le plan des valeurs. L’appareil idéologique qui accompagne le capitalisme mondialisé promeut la vision <em>universalisante</em> d’un «&nbsp;homo economicus&nbsp;». Nous sommes à une époque où l’économie apparaît – et est majoritairement reconnue – comme une activité sociale non seulement autonome, mais surplombant désormais le reste de la société. Elle n’est plus une activité qui répond aux règles générales que se donne toute société pour assurer sa cohérence. Elle a désormais sa propre rationalité, qui n’est plus soumise aux règles du vivre ensemble, et cette rationalité – c’est là où réside la grande innovation de notre époque – elle l’impose à l’ensemble de la société humaine. C’est désormais celle-ci qui est au service de l’économie et non plus l’inverse.</p>



<p>Ainsi, les pratiques qui régissent les agents économiques doivent désormais pouvoir s’appliquer à tous les membres et toutes les activités de la société humaine. C’est par exemple la concurrence qui doit s’appliquer toujours davantage aux rapports sociaux. C’est la finalité portée par la remise en cause en France de pans de plus en plus larges du droit du travail, pour aboutir à une individualisation généralisée des relations de travail. Cette évolution traduit là encore une forme de victoire idéologique de cette vision de la société, celle qui faisait dire dès 1987 à Margaret Thatcher&nbsp;: «&nbsp;La société, cela n’existe pas, il n’y a que des individus […]&nbsp;».</p>



<p>Le modèle anthropologique qui nous est désormais proposé, c’est celui d’un idéal individuel et non plus collectif, valorisant la poursuite de l’enrichissement personnel et du consumérisme. Or, sans même s’interroger quant à la valeur éthique d’un tel idéal, l‘approfondissement des politiques d’austérité rend d’autant plus inatteignable ce modèle social pour les catégories populaires et renforce <em>ipso facto </em>leur sentiment d’exclusion et leur vision d’une société qui ne veut plus d’elles<a href="#_ftn4" id="_ftnref4">[4]</a>. Ainsi, contrairement à ce qui pouvait être affirmé il y a vingt ou trente ans, le vote protestataire ne s’exprime plus aujourd’hui par le vote Front National mais par l’abstention.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Des analogies fortes</h2>



<p>Face à cette dépossession économique, sociale et politique, face à ce désenchantement moral, le séparatisme aussi bien que le nationalisme xénophobe déploient un dispositif qui explique leur succès&nbsp;: ils s’adressent au peuple, ils répondent à une demande d’appartenance collective et proposent une réponse perçue comme immédiatement agissante, pour ici et maintenant.</p>



<p>S’adresser au peuple, cette posture relève normalement de la banalité, puisque c’est <em>a priori</em> la vocation première d’une organisation ou d’un courant politique. Pour comprendre en quoi cette propension est devenue aujourd’hui remarquable, il est instructif d’observer <em>a contrario</em> la forme et la mise en scène du discours des responsables des partis de gouvernement et de se demander à qui ils s’adressent quand ils s’expriment. Il est aisé de remarquer que la plupart du temps, ils s’adressent à un auditoire de haute volée et extrêmement sélectif&nbsp;: leurs pairs exerçant les mêmes fonctions dans d’autres partis (amis ou adversaires, cela importe peu), les grands patrons de l’industrie ou de la banque, les responsables d’institutions internationales tels que le président de la Commission Européenne ou de la BCE, les éditorialistes vedettes ou les présentateurs du journal télévisé…. Bref, une élite qui évolue dans un entre-soi politico-médiatique de bon aloi.</p>



<p>Il y a certes des occasions où ces mêmes responsables s’adressent «&nbsp;au peuple&nbsp;», mais alors, c’est pour faire des annonces culpabilisatrices ou anxiogènes, par exemple sur le thème «&nbsp;la France n’a plus les moyens de son modèle social et tout le monde doit être conscient des efforts à fournir dès maintenant&nbsp;»&nbsp;; ou bien, sur un mode plus positif, pour proposer un projet construit sur l’exigence du respect des critères macroéconomiques inscrits dans les traités de l’Union ou sur l’impératif du maintien d’une notation d’excellence de la part des agences du même nom. Projet dont ils s’étonnent parfois qu’il ne rencontre pas l’adhésion populaire qu’il mérite, alors que, diantre, 3% de déficit ou un triple A, ne sont-ce pas là de grandes causes mobilisatrices&nbsp;?</p>



<p>Les courants qualifiés de populistes par l’oligarchie politico-économico-médiatique qui nous dirige s’adressent désormais explicitement aux catégories populaires et ils leur proposent la mise en œuvre d’un processus de séparation. Ce processus est en premier lieu porteur d’un modèle d’identification qui, face à la crise qui brouille les identités, apporte une réponse simple mais susceptible de reconstruire un imaginaire collectif dont, il faut le répéter, aucun groupe humain ne peut se passer. En second lieu, ce processus est présenté comme une solution à la crise économique et sociale qui frappe en premier lieu ces catégories. Quelles que puissent être ses faiblesses ou ses insuffisances, là n’est pas la question car au final, il est perçu comme tel par ceux auxquels il s’adresse. <strong>Il faut être conscient que c’est l’articulation de ces deux dimensions – une proposition de sortie de crise assortie à la reconstruction d’une identité collective &#8211; qui assure le succès grandissant de ces deux familles politiques.</strong></p>



<p>Dans le cas de l’extrême-droite, la séparation est envisagée avec certaines populations que l’on ne souhaite plus accueillir sur le territoire national ou dont on considère qu’elles ne peuvent plus bénéficier des mêmes droits que les nationaux. Cette ségrégation entre nationaux et étrangers se veut une réponse – certes, nauséabonde &#8211; à une vraie inquiétude exprimée par des pans de plus en plus importants de&nbsp; la population. La crise économique, aggravée par les politiques d’austérité, fait en effet peser des menaces réelles en matière d’accès à l’emploi, de pérennisation de droits sociaux, et plus généralement de niveau de vie. La solution avancée est que si l’on veut permettre aux nationaux – ce sont de plus eux qui votent – de continuer à bénéficier encore de ces prestations, il faut que certaines populations en soient exclues.</p>



<p>Dans le cas des mouvements séparatistes, leur montée en puissance depuis la crise de 2008 montre là aussi qu’au-delà de la revendication identitaire, ils apparaissent désormais comme porteurs d’une possibilité de sortie de crise. L’on peut déceler une forme «&nbsp;d’égoïsme de riches&nbsp;», car ce sont en effet les régions les plus développées qui aujourd’hui sont en pointe pour refuser de participer à une forme de solidarité financière au sein d’un espace national. Il faut néanmoins aller plus loin que le seul jugement moral. Certes, en Belgique, les nationalistes flamands affirment clairement leur refus de «&nbsp;traîner&nbsp;» avec eux des wallons appauvris, en crise permanente depuis plus de trente ans. En Catalogne, «&nbsp;le regain indépendantiste se nourrit du refus grandissant de l’économie de la douleur<a href="#_ftn5" id="_ftnref5">[5]</a>&nbsp;», et au Royaume-Uni un des arguments mis en avant par une partie des indépendantistes écossais est qu’il s’agit, par l’indépendance, de préserver un modèle social menacé par les politiques d’austérité antisociales mises en œuvre sans interruption en Grande-Bretagne depuis Margaret Thatcher<a href="#_ftn6" id="_ftnref6">[6]</a>.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une différence fondamentale&nbsp;: la question de l’Etat</h2>



<p>A côté de ces analogies, les deux courants divergent fortement sur la perception et l’avenir de l’Etat et de la nation, catégories qui doivent être vues dans leur dimension territoriale et institutionnelle. Alors que l’Etat-nation constituait depuis la révolution industrielle l’instance de régulation du capitalisme, cette dimension est remise en cause par la contre révolution libérale qui émerge dans les années 1970 et se déploie à partir des années 1980. L’hégémonie croissante de ces idées en matière économique et politique pousse des générations successives de dirigeants politiques, qu’ils soient étiquetés de gauche ou de droite, à dépouiller la puissance publique de ses attributs tant en matière économique que de production de normes sociales. Ainsi, une grande partie de ce qui relevait autrefois de la loi relève désormais d’accords entre partenaires dits «&nbsp;sociaux&nbsp;». Cela entraîne un changement de nature de ces normes, dans la mesure où elles sont de moins en moins produites par les représentants du peuple. Pour se convaincre de la profondeur du changement, il n’est qu’à voir la propension du patronat français à privilégier ces mécanismes dits paritaires pour en finir par exemple avec la durée légale du temps de travail et précariser les contrats de travail, ou pour développer une logique assurantielle à la place du système public contributif de financement de la Sécurité sociale.</p>



<p>Désormais incapable de préserver les conditions de vie du plus grand nombre, de maintenir un minimum de mécanismes de solidarité assurant la cohésion sociale, l’Etat, ou plus largement la puissance publique, perd aussi son «&nbsp;prestige&nbsp;» comme instance symbolique dépositaire de valeurs communes.</p>



<p>Cet affaiblissement politique et symbolique des institutions publiques nationales est utilisé par les mouvements séparatistes pour légitimer des instances politiques infra-territoriales, présentées comme étant mieux à même d’assurer cette cohésion sociale. Rappelons ici que, résultats d’une histoire multiséculaire, aucun des Etats-nations européens ne peut être considéré comme un espace homogène du point de vue ethnoculturel. Pour cette raison, la condition d’un vivre ensemble repose, y compris pour de vieilles nations comme la France, sur la capacité des institutions publiques à apparaître comme porteuses de progrès et de justice sociale en assurant une solidarité minimale entre les membres de la communauté. Lorsque cette capacité s’amenuise, la dimension ethnoculturelle se renforce comme incarnation possible d’une solidarité devenant effective à une échelle territoriale infranationale. C’est d’ailleurs cela qui explique l’attachement des mouvements séparatistes aux institutions européennes, dans la mesure où celles-ci travaillent aussi à l’affaiblissement des Etats-nations, notamment en tant qu’acteurs économiques et instances de solidarité.</p>



<p>A l’inverse, si les courants d’extrême droite observent eux aussi l’affaiblissement de l’Etat, ils en tirent une conclusion exactement opposée. Pour eux, il faut redonner à l’Etat et à la nation les moyens d’action dont ils étaient dotés avant la contre-révolution libérale des années 1980, mais aussi la puissance symbolique par laquelle ils incarnent la cohésion du peuple. C’est par ce biais que ces courants apparaissent en capacité de répondre à la demande de sécurité économique, sociale, mais aussi identitaire exprimée notamment par les catégories populaires vis-à-vis de porteurs d’autorité politique.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Les défis d’une «&nbsp;gauche de gauche&nbsp;»</h2>



<p>En Europe, le constat est pour le moment sans appel&nbsp;: en dehors éventuellement de la Grèce et de l’Espagne, les courants les plus à gauche de l’échiquier politique ne sont pas aujourd’hui susceptibles de profiter du malaise social et de lui proposer un débouché politique. C’est clairement le cas en France où la gauche non socialiste ne capitalise pas, tant sur les plans militant qu’électoral, la montée du mécontentement social, et où le Front National joue désormais le rôle du troisième larron – voire du premier, comme lors des élections européennes – dans les institutions de la V<sup>ème</sup> république.</p>



<p>Jusqu’à ces dernières années, le succès croissant du FN se nourrissait d’une part de l’absence de véritable alternative entre les politiques mises en œuvre par les gouvernements de droite ou de gauche, et d’autre part du discrédit pesant sur une partie de la classe politique du fait des affaires politico-financières. En cela, on pouvait effectivement parler de vote protestataire pour caractériser les suffrages qui se portaient sur ses candidats. Aujourd’hui, le vote protestataire se porte sur l’abstention, qui est devenue le mode d’expression électoral hégémonique de ceux qui expriment leur refus de choisir ou leur désintérêt vis-à-vis d’alternatives qui n’en sont plus. Conséquence de cela, le vote FN est devenu en grande partie sinon un vote d’adhésion, tout au moins un acte traduisant une forme d’intérêt positif&nbsp;: puisque rien ne marche, pourquoi ne pas essayer&nbsp;?</p>



<p>Ce qui fait en France le succès croissant du FN, et qui a été explicité plus haut, c’est sa capacité à répondre, au moins en paroles, au sentiment de dépossession sociale, politique et symbolique dont souffre une part croissante des classes populaires<a href="#_ftn7" id="_ftnref7">[7]</a>. Même s’il affiche un programme économique et social d’inspiration libérale, dans le même temps il promet le retour d’un Etat stratège et protecteur. Il parle de nationalisations, de protection sociale, certes pour les nationaux, mais il en parle. Il promet de redonner la parole au peuple, même si cela ne concerne que le peuple français. Bref, il laisse entendre que lui sera capable de s’attaquer aux maux qu’il considère être à l’origine des souffrances du peuple.</p>



<p>Sur le plan identitaire, il modernise une vision ethnique du peuple en articulant défense de la laïcité et islamophobie. Ce qui constitue l’un des ciments de la République – la laïcité &#8211; devient ainsi un vecteur de stigmatisation d’une partie de la population. En substituant en grande partie au racisme anti-juif traditionnel en tant que marqueur idéologique un racisme anti-musulman, cette ligne permet de faire le lien, malgré les incohérences qui subsistent, entre différentes familles idéologiques&nbsp;: chrétiens traditionnalistes, courants «&nbsp;païens&nbsp;» férus de supériorité culturelle occidentale<a href="#_ftn8" id="_ftnref8">[8]</a>, adeptes du «&nbsp;choc des civilisations&nbsp;» et de la menace islamiste, etc. De même, sur le plan des mœurs, son évolution lui permet d’attirer des représentants de catégories qu’il stigmatisait ou combattait il y a encore quelques années<a href="#_ftn9" id="_ftnref9">[9]</a>.</p>



<p>D’un autre côté, le FN se nourrit à bon compte du fonctionnement non démocratique des institutions européennes, ce qui lui permet d’en dénoncer les dérives avérées. Il nourrit son hostilité à «&nbsp;Bruxelles&nbsp;» en accusant les institutions de l’Union d’être avant tout au service des banques et de la finance internationale<a href="#_ftn10" id="_ftnref10">[10]</a>. Articulant démagogie nationaliste et argumentation anticapitaliste, l’extrême-droite s’affiche désormais comme le défenseur des «&nbsp;petits&nbsp;» français contre les «&nbsp;gros&nbsp;» profiteurs de l’économie mondialisée, le bouclier des producteurs patriotes menacés par ceux qui n’ont que l’argent comme patrie. On reconnaît là une parenté certaine avec le courant poujadiste des années 1950, car restent toujours stigmatisés le nombre trop élevé de fonctionnaires, le poids intolérable des impôts et des réglementations tatillonnes. Mais, alors qu’en 1953, le mouvement poujadiste accusait l’Etat d’étouffer les petits commerçants et les artisans, soixante ans plus tard, ce sont les institutions européennes – et même internationales comme le FMI ou la Banque Mondiale – qui sont sur le banc des accusés, et la cohorte de leurs victimes s’est élargie à l’ensemble des producteurs, ouvriers et employés compris, et cela n’est pas anodin.</p>



<p>Ce que dit Marine Le Pen c’est qu’elle&nbsp; va agir, et elle construit à cet effet un discours cohérent. Elle dit au profit de qui elle va agir&nbsp;: ce qu’elle considère être le peuple français. Elle dit contre qui elle va agir, elle désigne des adversaires&nbsp;: c&#8217;est, d’une part, l’islamisme, qui porte une menace existentielle vis-à-vis du peuple français, et d’autre part les institutions de l’oligarchie libérale apatride qui poussent le peuple dans la misère. Elle dit enfin quels moyens elle compte utiliser&nbsp;: en redonnant toutes ses prérogatives à l’Etat et sa légitimité à la nation. Ce discours qui, soit dit au passage, marque sa singularité vis-à-vis de la droite de gouvernement, est bien l’expression d’une «&nbsp;politique&nbsp;», en tant que vision et mode d’action. La question n’est pas de savoir si les moyens avancés sont pertinents ou pas, simplement ils sont présentés comme l’expression d’une volonté, et surtout, reçus comme tels par ceux auxquels ils sont destinés. Le nouveau discours nationaliste de l’extrême-droite, à côté de son vieux fonds xénophobe, apparaît ainsi désormais comme un programme de réarmement politique de la nation au service du peuple français.</p>



<p>Comprendre ce qui fait le succès du Front National permet de mieux cerner les défis auxquels une gauche «&nbsp;de gauche&nbsp;» doit être en mesure de répondre pour espérer tourner vers elle la colère sociale. Deux défis principaux sont aujourd’hui à relever&nbsp;: se donner les moyens de s’adresser véritablement au peuple et surtout reconstituer le «&nbsp;champ de bataille&nbsp;» pour permettre à nouveau à la classe ouvrière d’affronter le capital, champ de bataille que la mondialisation a en quelque sorte fait s’évaporer.</p>



<p><strong>S’adresser au peuple suppose une nécessaire clarification vis-à-vis de la gauche de gouvernement. En effet, face à une politique gouvernementale qui s’est mise délibérément au service prioritaire des intérêts du patronat, la «&nbsp;subtilité&nbsp;» d’un discours qui expliquerait qu’au bout du compte le Parti Socialiste «&nbsp;ce n’est&nbsp; pas comme la droite, ça reste quand même la gauche&nbsp;», pour justifier le maintien d&#8217;alliances politiques avec lui ne saurait être compris aujourd’hui – et avec juste raison &#8211; par une grande partie de l’électorat populaire. La construction d’un projet autonome clairement opposé à la politique du Parti Socialiste et de ses alliés gouvernementaux est aujourd’hui un préalable incontournable pour espérer construire une majorité politique alternative.</strong></p>



<p>Si cette exigence peut être porteuse de risques conjoncturels (c’est-à-dire électoraux) et suppose un peu de convictions et de courage à court terme, elle n’en reste pas moins simple sur le plan théorique. A l’inverse, la question de la reconstitution du champ de bataille est autrement plus complexe. Or, il faut être bien conscient que cette question constitue aujourd’hui le point aveugle de la gauche, et que c’est très certainement cela qui explique son échec politique actuel&nbsp;; et c’est sa capacité à répondre à cet enjeu qui lui permettra ou non de répondre à la colère et la désespérance sociales.</p>



<p>Cette question du champ de bataille possède une double dimension territoriale et institutionnelle. C’est en ce sens qu’elle pose la question de l’Etat. Comme cela a été dit plus haut, l’Etat-nation offrait jusqu’à ces dernières décennies un cadre territorial et institutionnel qui permettait dans une certaine mesure de donner corps à la lutte de classes, c’est-à-dire à l’affrontement entre travail et capital, autrement que sur un mode qui n’aurait pu être que celui de l’insurrection permanente.</p>



<p>Il est important de rappeler que les catégories d’Etat et de nation n’existent pas de toute éternité. Historiquement, la notion de nation émerge en Europe vers la fin du 18<sup>ème</sup> siècle, plus ou moins concomitamment avec les débuts de la révolution industrielle. Même si la question n’est toujours pas tranchée pour savoir si c’est la nation qui fait l’Etat ou l’Etat qui fait la nation, on constate en tout état de cause une concomitance entre la création en Europe de différents Etats-nations et le développement du capitalisme industriel<a href="#_ftn11" id="_ftnref11">[11]</a>.</p>



<p>Ce qui fait leur intérêt à ce moment-là de l’histoire du capitalisme, c’est que les Etats-nations ainsi constitués définissent un cadre juridique permettant au capitalisme industriel de se développer, en organisant les relations entre l’Etat, les entreprises et les travailleurs<a href="#_ftn12" id="_ftnref12">[12]</a>. L’«&nbsp;institution-Etat&nbsp;» se constitue alors à la fois comme enjeu et comme résultat de la lutte de classes. La norme sociale produite à un moment donné traduit l’état du rapport de forces entre travailleurs et détenteurs du capital, et ce rapport de force prend forme dans un espace territorial bien défini. La création de l’Etat-providence après la Seconde Guerre mondiale constitue ainsi le moment où ce rapport de force est le plus favorable à la classe ouvrière dans la plupart des pays développés, et ce rapport de force s’incarne dans une dimension nationale&nbsp; (cf. le programme du Conseil National de la Résistance en France ou le programme travailliste en Grande Bretagne).</p>



<p>Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale jusqu’aux années 1970, l’affrontement capital-travail se déployait principalement au niveau national, et l’Etat était partie prenante de cet affrontement à la fois comme acteur et comme enjeu. Aujourd’hui, le capital, grâce à des mécanismes tesl que la libéralisation des mouvements de capitaux, se déploie au niveau mondial et il n’existe plus d’institutions politiques en mesure d’agir à la même échelle territoriale, c’est-à-dire d’intervenir sur ses choix et de produire une norme sociale susceptible d’encadrer son affrontement avec le travail. A côté de leur fonction de plus en plus caricaturale de représentant de commerce au profit de soi-disant «&nbsp;champions nationaux&nbsp;», les seules prérogatives que les Etats s’autorisent comme moyens d’intervention dans l’affrontement entre capital et travail se réduisent progressivement au maintien de l’ordre et à la répression de toute forme de contestation. L’exemple du niveau atteint dans l’utilisation des forces de l’ordre lors des manifestations contre les projets de l’aéroport de Notre-Dame des Landes ou du barrage de Sivens en sont une claire illustration.</p>



<p>D’un autre côté, on voit aujourd’hui poindre des tentatives qui implicitement peuvent être considérées comme des réponses à cette nécessité d’une régulation territoriale du capital. Loin de constituer un effet de mode auprès d’élus en mal d’imagination, la montée en puissance de la figure de la «&nbsp;métropole&nbsp;» en constitue une qui est tout sauf anecdotique. Elle part d’une vision selon laquelle les acteurs principaux de la mondialisation seraient les métropoles et les «&nbsp;villes-mondes&nbsp;» qui seraient en compétition les unes avec les autres<a href="#_ftn13" id="_ftnref13">[13]</a>. La conclusion qui en est tirée par les gouvernements est qu’il faut renforcer cet échelon territorial. Après l’Etat-nation, la métropole constituerait désormais le nouveau lieu «&nbsp;institutionnel&nbsp;» de régulation du capital mondialisé, cela bien évidemment dans un contexte où la solidarité et la justice sociale deviennent des objectifs de second rang face à l’impératif de l’efficacité économique.</p>



<p>A cet égard, le projet de réforme territoriale avancé par le gouvernement français, au-delà de sa dimension de bricolage institutionnel destiné à réduire l’endettement de l’Etat, qualifie bien, s’il en était besoin,&nbsp; le positionnement idéologique du gouvernement assez haut sur l’échelle de Richter de la pensée libérale. Les futures régions s’apparentent en effet peu ou prou à des métropoles adossées à leur hinterland, et elles sont imaginées pour être en mesure de participer positivement avec les autres euro-régions, tels les <em>länder</em> allemands, au grand jeu concurrentiel voulu par les institutions de l’Union Européenne. Or, dans cette perspective, si certaines possèdent des atouts concurrentiels (telle l’Île-de-France avec Paris ou un grand Sud-Est avec Lyon et Marseille), les régions les plus occidentales (notamment la Bretagne) vont probablement pouvoir expérimenter le fait que leur éloignement du cœur métropolitain de l’Europe (la «&nbsp;banane bleue&nbsp;» qui va de Londres à Milan) combiné à la réduction programmée de la solidarité nationale ne leur ouvrira certainement pas l’avenir radieux qu&#8217;elles pourraient croire promis par cette nouvelle architecture institutionnelle.</p>



<p>Quelle que soit l’appréciation que l’on peut porter sur cette évolution possible, elle montre bien que le capital, à chaque étape de son évolution, ne peut se passer d’institutions adaptées. La mondialisation et la financiarisation du capitalisme ont été nécessaires pour relancer le transfert de richesses – qui s’était affaibli en faveur des salariés durant les trente glorieuses &#8211; au profit des détenteurs de capital. Or, pour fonctionner réellement, ce mécanisme ne peut se contenter de la destruction des institutions de solidarité nationale. La remise en cause de l’Etat-providence débouche obligatoirement sur la nécessité d’une nouvelle architecture institutionnelle. C’est la fonction de cette nouvelle régulation «&nbsp;métropolitaine&nbsp;» du capitalisme, basée sur des régions et des institutions supranationales aux pouvoirs renforcés.</p>



<p>Cette évolution concerne l’ensemble des pays européens. Elle s’articule parfaitement avec la revendication autonomiste ou séparatiste et, dans cette volonté commune d’affaiblissement des prérogatives et des moyens des Etats, rencontre naturellement l’assentiment des institutions de l’Union. Face à cette évolution portée par un courant que l’on qualifiera de libéralo-régionaliste, la seule alternative cohérente qui aujourd’hui s’y oppose est le projet nationaliste porté par les extrêmes-droites européennes.</p>



<p>Nous sommes clairement en présence de deux projets cohérents de réorganisation du continent européen&nbsp;: d’un côté, un projet d’affaiblissement continu des actuels Etats-nations accompagné par la généralisation d’«&nbsp;eurorégions&nbsp;» métropolitaines &#8211; pouvant déboucher pour certaines d’entre elles sur leur transformation à terme en Etats indépendants, tels la Catalogne, la Flandre ou l’Ecosse – et coiffé par le renforcement concomitant des prérogatives supranationales des institutions européennes&nbsp;; d’un autre côté, la réaffirmation et le renforcement de ces mêmes Etats-nations accompagnant logiquement un affaiblissement politique des institutions de l’Union. Si la première vision tire sa légitimité du soutien politique que lui apportent les institutions internationales (BCE, FMI, etc.), force est de constater que la légitimité politique du second provient plutôt du soutien que lui apportent des franges de plus en plus larges des catégories populaires européennes.</p>



<p>Face à ces options, la gauche «&nbsp;de gauche&nbsp;» apparaît absente ou désarmée. Cela tient principalement au fait que les programmes qu’elle a construits depuis la guerre jusqu’à aujourd’hui étaient envisagés de manière non-dite comme circonscrits à l’Etat-nation. Bien sûr, l’internationalisme est inscrit dès l’origine dans la vision socialiste du monde, mais depuis des décennies, dans la pratique, le projet politique est pensé dans un cadre national. Ceci n’est pas critiquable en soi. Le problème est que ce cadre est aujourd’hui remis en cause par l’évolution du capitalisme, et cela dans toutes ses dimensions, qu’on le considère comme espace de régulation du capitalisme, territoire d’affrontement entre capital et travail (ce que nous avons appelé le champ de bataille de la lutte des classes) ou espace de solidarité.</p>



<p>La définition &nbsp;du cadre territorial pour lequel est pensé le projet de transformation sociale devient aujourd’hui un impératif incontournable. Si bâtir un projet pour le 21<sup>ème</sup> siècle impose à la gauche de tenir compte des enseignements et des échecs du mouvement ouvrier au 20<sup>ème</sup> siècle, quel qu’en soit le contenu, il est devenu absolument indispensable de l’ancrer explicitement dans une dimension territorialisée. C’est cette exigence qui impose de réinterroger aussi complètement que possible les notions d’Etat et de nation pour être en mesure de dire si ce cadre, tel que les sociétés européennes l’expérimentent depuis plus de deux siècles, est toujours d’actualité ou si au contraire il s’agit d’en sortir<a href="#_ftn14" id="_ftnref14">[14]</a> au profit d’institutions infra ou supranationales. Ce n’est qu’à la condition d’une telle clarification que la gauche «&nbsp;de gauche&nbsp;» pourra à nouveau être entendue et comprise par le peuple et ainsi se poser comme une alternative crédible tant vis-à-vis du libéralisme «&nbsp;eurorégionaliste&nbsp;» que du nationalisme xénophobe.</p>



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<p><a href="#_ftnref1" id="_ftn1">[1]</a>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; K. Polanyi, <em>La grande transformation</em></p>



<p><a href="#_ftnref2" id="_ftn2">[2]</a>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; A l’image du Parti Socialiste qui présente lors de son congrès de l’Arche en 1993 le capitalisme comme un horizon indépassable</p>



<p><a href="#_ftnref3" id="_ftn3">[3]</a>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; En français&nbsp;: Il n’y a pas d’alternative.</p>



<p><a href="#_ftnref4" id="_ftn4">[4]</a>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Même si c’est un autre sujet, qui de plus ne peut se traiter en quelques mots, on peut néanmoins s’interroger à la lumière de la crise sociale qui frappe le continent, sur les motivations de certains des jeunes européens qui s’engagent dans le <em>jihad</em> en Syrie ou en Irak, et se demander si elles n’ont pas aussi à voir avec l’insatisfaction générée par la proposition hégémonique d’un modèle social qui promeut un idéal de vie basé avant tout sur l’argent et la consommation.</p>



<p><a href="#_ftnref5" id="_ftn5">[5]</a>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mora J. S., «&nbsp;La société catalane se rallie à l’indépendance&nbsp;», <em>Le Monde Diplomatique</em>, octobre 2013.</p>



<p><a href="#_ftnref6" id="_ftn6">[6]</a>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dixon K., «&nbsp;Les ambitions du nationalisme écossais&nbsp;»<em>, Le Monde Diplomatique</em>, septembre 2014</p>



<p><a href="#_ftnref7" id="_ftn7">[7]</a>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; «&nbsp;Ces différents phénomènes ont en commun d’être sous-tendus par le besoin d’imputer les difficultés sociales à un (des) autre(s) quelconque(s) et par l’attrait d’un «&nbsp;entre-soi&nbsp;» supposé plus protecteur et/ou porteur d’une identité ancrée dans l’histoire. La classe ouvrière, principale victime des transformations économiques et qui a toutes les raisons de se sentir objectivement trompée par la gauche de gouvernement est particulièrement vulnérable à la tentation d’un vote «&nbsp;contre&nbsp;» qui exprime davantage le ressentiment qu’une véritable protestation&nbsp;» (in B. Perret, <em>L&#8217;installation du Front national dans la politique française : comment réagir, comment agir ?, </em>Revue Esprit, juin 2014).</p>



<p><a href="#_ftnref8" id="_ftn8">[8]</a>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Courants que l’on retrouvait dans les années 1970&nbsp; au sein du GRECE (Groupe de recherche et d’études sur la civilisation européenne) ou dans la revue <em>Eléments</em>.</p>



<p><a href="#_ftnref9" id="_ftn9">[9]</a>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Voir le ralliement de Sébastien Chenu, cofondateur en 2001 de l’association gay de l’UMP (Gaylib)</p>



<p><a href="#_ftnref10" id="_ftn10">[10]</a>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; En ce sens, Marine Le Pen se permet d&#8217;apparaît plus claire que Jean-Luc Mélenchon lorsqu’elle réagit aux déclarations du ministre de l’économie E. Macron, parlant d’une remise en cause des 35 heures. Face au président du Parti de Gauche qui le dénonce comme quelqu’un «&nbsp;d’ignoble&nbsp;», elle indique bien plus clairement que le ministre est simplement au service des banques (voir son interview dans <em>Le Monde</em> du 16 octobre 2016).</p>



<p><a href="#_ftnref11" id="_ftn11">[11]</a>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; De ce point de vue, les deux cas les plus emblématiques sont les processus d’unification de l’Italie et de l’Allemagne au cours du 19<sup>ème</sup> siècle.</p>



<p><a href="#_ftnref12" id="_ftn12">[12]</a>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Cf. La création du ministère du travail et de la prévoyance en 1906 en France ou la création d’un système de Sécurité sociale en Allemagne par Bismarck</p>



<p><a href="#_ftnref13" id="_ftn13">[13]</a>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; M. Bussi, «&nbsp;Des métropoles compétitives ou solidaires&nbsp;»,<em> Libération</em>, 3 décembre 2014 [en ligne].</p>



<p><a href="#_ftnref14" id="_ftn14">[14]</a>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; C’est l’insuffisance du&nbsp; projet de 6<sup>ème</sup> république porté par exemple par Jean-Luc Mélenchon. Celui-ci apparait encore une fois basé sur le même postulat implicite, celui du cadre national, sans que celui-ci ne soit réinterrogé au vu des évolutions du capitalisme moderne.</p>
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		<title>Corse, quel avenir ?</title>
		<link>https://insemeamanca-lapres.fr/2026/01/corse-quel-avenir/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Francis Peretti]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 24 Jan 2026 09:42:56 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Arguments et analyses]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://insemeamanca-lapres.fr/?p=186</guid>

					<description><![CDATA[]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<figure class="wp-block-image size-full"><img width="1920" height="2757"  alt="" class="wp-image-187 lws-optimize-lazyload"/ data-src="https://insemeamanca-lapres.fr/wp-content/uploads/2026/01/livre-A5.avif"></figure>



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<figure class="wp-block-image size-full"><img width="1920" height="1292"  alt="" class="wp-image-188 lws-optimize-lazyload"/ data-src="https://insemeamanca-lapres.fr/wp-content/uploads/2026/01/livre-quel-avenir_couverture.avif"></figure>



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<div class="wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow" style="flex-basis:100%"><p>Propos introductif de Jacques Casamarta au nom du mouvement Inseme à Manca</p>
<p>En premier lieu, je voudrais au nom de notre jeune mouvement « Inseme à Manca, Ensemble à gauche », résultat d’une fusion récente entre le mouvement MancaAlternativa et les militants de la Corse Insoumise engagés sur la liste « l’Avenir la Corse en Commun, l’Avvene à Corsica in Cumunu » lors des dernières élections territoriales de décembre 2017, vous remercier chaleureusement pour votre présence aujourd’hui afin de participer à ces deux journées de réflexions politiques. </p>
<p>Je voudrais aussi remercier Liza Terrazzoni jeune sociologue, qui a fait sa thèse sur un sujet ô combien d’actualité « les jeunes et l’immigration en Corse », d’avoir accepté de participer à notre invitation, à cet échange, ce dialogue, que nous espérons productif et éclairant.<br />
Remercier aussi Roger Martelli, qui est historien, auteur et qui nous dédicacera cet après-midi son dernier ouvrage sur mai 68. Beaucoup ici connaissent Roger, il était déjà parmi nous il y a deux ans presque jour pour jour, à l’initiative à l’époque de Manca Alternativa. </p>
<p>Les militants d’INSEME À MANCA-ENSEMBLE A GAUCHE avons fortement été interpellés et engagés dans le débat sur la question des nationalismes en Corse et leur importance aujourd’hui un peu partout en Europe. Ces questions n&#8217;étaient pas absentes des débats lors des dernières élections territoriales en Corse ou en Catalogne. A l’époque la réflexion nous a amenés à aborder la question de l’égalité et de la place de la Corse dans la République. </p>
<p>Depuis 2015, nous pouvons dire que nous avons eu une activité politique assez chargée. D’abord au plan national avec l’élection présidentielle en 2017 qui a malheureusement abouti à l’élection d’Emmanuel Macron, mais aussi avec les élections législatives où nous étions candidats dans les quatre circonscriptions, car le rassemblement n’a pu, en Corse comme sur le Continent, se réaliser avec le parti communiste. Des élections difficiles, pour ‘’la gauche de la gauche’’ que nous voulions représenter, même si le résultat sur l’ensemble de l’île a placé la « Corse Insoumise » en situation de rassembler en arrivant en tête. </p>
<p>Dans la foulée nous avons mené campagne pour les élections territoriales de décembre 2017 dans des conditions rendues encore plus difficiles par le Tweet provocateur de JL Mélenchon le 03 septembre 2017, refusant toute idée de rassemblement à gauche. </p>
<p>Le score de 5,7% des suffrages et le mode de scrutin n’ont pas permis d’obtenir des élus et la situation a conduit à la quasi disparition de cette force à gauche de transformation sociale à l’Assemblée de Corse. </p>
<p>Il faut toutefois signaler que si le scrutin s’était déroulé à la proportionnelle nous aurions obtenu 3 élus, mais cette situation ne peut masquer que le résultat n’a pas été à la hauteur des espoirs et qu’il faudra continuer à tirer les enseignements et analyses sur cette élection. </p>
<p>Aujourd’hui, on souffre du fait que le social est à la marge de la politique, même si dans notre île une personne sur cinq (66 000) se trouve vivre en dessous du seuil de pauvreté, un taux très important et qui donne indication sur la gravité de la crise sociale en Corse. </p>
<p>Cette dimension sociale se trouve au coeur de notre action politique et malgré que notre discours n’ait pas été entendu, il nous faudra continuer à agir et prolonger la réflexion. </p>
<p>Je ne dirais pas que la gauche que nous avons voulu porter a disparu de la scène politique, car nous sommes toujours là, actifs et aujourd’hui en est un exemple, mais il est parallèlement évident que nous avons, plus que jamais, besoin d’une véritable autocritique, d’une réelle remise en cause, de pousser les analyses, retravailler nos grilles de lecture, pour ne pas se couper du réel et surtout bien comprendre les énormes enjeux politiques qui travaillent et bouleversent nos sociétés. </p>
<p>Nous avons besoin aussi de savoir qui nous sommes, pour reprendre une expression souvent utilisée dans la dernière période et notamment depuis les dernières élections législatives et surtout territoriales avec les désaccords politiques qui se sont affirmés avec la France Insoumise. </p>
<p>Il y a de grands enjeux politiques et en Corse il y a aussi de grandes questions qui sont face à nous. Mais dans la mondialisation capitaliste, il faut sans ambiguïté se dire qu’il n’y aura pas de solution corso-corse. La dimension mondiale, européenne et nationale ne peut en aucun cas être reléguée au second plan, même s’il y a des questions à traiter régionalement. </p>
<p>Je pense par exemple à la question des déchets, sur laquelle j’ai eu hier l’occasion de m’entretenir avec Etienne Ferrandi, le maire de la commune d’Alata. La question des déchets, ce serpent de mer, on en parlait déjà il y à trois, quatre, et cinq ans et dont rien, jamais, ne semble réglé ! L’arrivée des nationalistes à la tête de la région il y a deux ans et demi, en décembre 2015, n’a, malgré les promesses, en rien modifié le cours des choses. C’est aujourd’hui une réalité. </p>
<p>Cette matinée sera consacrée, avec les interventions de Roger Martelli et Liza Terrazzoni, à aborder les questions fondamentales de la région, de la nation et de la place de la Corse. Nous voulons une vision progressiste qui ne nous enferme pas dans un statut quo, mais qui permette d’ouvrir de véritables perspectives décentralisatrices et humanistes. Nos débats seront un moment important dans la reconstruction de la ‘’gauche de la gauche’’, parce que nous sommes là pour proposer, agir, être actifs et s’organiser. </p>
<p>Ces journées de réflexion vont nous permettre également d’aborder certaines des grandes questions en débats et nous avons choisi de commencer par : </p>
<p>&#8211; 	Le statut de résident, dont nous doutons de sa capacité à lutter efficacement contre la spéculation foncière et immobilière. Jean Alesandri introduira la discussion. </p>
<p>&#8211;	La question de la langue et sa place dans la société. Philippe Istria ouvrira le débat. </p>
<p>&#8211;	Le Statut Fiscal qui fait actuellement débat dans l’île. Aldo Siddi rapportera sur cette question. Il nous faut prendre des positions en toute clarté, comme nous avons déjà pu le faire pour la moralisation de la vie politique avec notre » Charte éthique et démocratique ».<br />
Tous ces sujets sont importants pour l’avenir de l’île et il faut leur donner une vraie réponse de gauche. </p>
<p>La journée de dimanche sera l’occasion dans sa première partie, de poursuivre sur un débat politique plus général qui traverse les réflexions à gauche sur le thème « Populisme, ou refondation de la gauche ? ». Francis Sitel sera chargé d’ouvrir nos échanges. </p>
<p>Enfin, j’en profite pour dire qu’au départ nous nous étions projeté dans un échange beaucoup plus large en invitant des militants d’autres forces politiques à gauche, mais en définitive nous avons fait le choix de pousser d’abord le débat entre nous, pour mieux cerner les enjeux, prendre le temps nécessaire pour la réflexion et si possible tenter d’arrêter des positions claires sur tous ces sujets. </p>
<p>Avant d&#8217;en terminer et de laisser place au débat, permettez-moi de vous présenter Mohamed Nadrani, militant marocain mais aussi auteur et réalisateur. Il se trouve en Corse dans le cadre du festival des Cinémas du Maghreb qui débute ce soir à Ajaccio pour présenter son film documentaire « Sur les chemins des Phosphates ». Un film très intéressant historiquement et qui aborde la condition ouvrière au Maroc au début du 20ème  siècle, au début de la colonisation de son pays par la France. Il participera à nos discussions et fera part de son expérience. </p>
<p>Avant de laisser la parole à Jean Alesandri qui va jouer le rôle de médiateur pour cette première matinée, je voudrais aussi remercier de leur présence Francis Sitel, Roland Merieux et Bruno Della Sudda, qui se sont déplacés de Paris et Nice et qui représentent le mouvement Ensemble !, auquel plusieurs d’entre nous sont affiliés.   Pour rappel, le mouvement Ensemble était la troisième composante du FDG, qui comme vous le savez n’a pas survécu aux divisions. </p>
<p>J’en profite aussi pour dire que les 18 et 19 mars dernier Francis Peretti, Muriel Buisson, Pascale Larenaudie, Dylan Champeau, Philippe Istria et moi-même avons participé à Bagnolet au siège du mouvement à une réflexion sur la question des identités, et surtout la montée des nationalismes en France et en Europe. Même si le contenu aujourd’hui est quelque peu différent et plus centré sur des questions régionales, ce débat s’inscrit dans la continuité des réflexions engagées à Bagnolet. Vous le verrez, le débat existe, et les idées se partagent, mais se confrontent aussi. </p>
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		<title>L’Amérique sous Trump : Dictature, ingérences et dérives</title>
		<link>https://insemeamanca-lapres.fr/2026/01/lamerique-sous-trump-dictature-ingerences-et-derives/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Francis Peretti]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 17 Jan 2026 12:49:40 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Arguments et analyses]]></category>
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					<description><![CDATA[Donald J. Trump est l’une des figures politiques les plus controversées de l’histoirerécente des États-Unis. Homme &#8230; <a title="L’Amérique sous Trump : Dictature, ingérences et dérives" class="hm-read-more" href="https://insemeamanca-lapres.fr/2026/01/lamerique-sous-trump-dictature-ingerences-et-derives/"><span class="screen-reader-text">L’Amérique sous Trump : Dictature, ingérences et dérives</span>Read more</a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>Donald J. Trump est l’une des figures politiques les plus controversées de l’histoire<br>récente des États-Unis. Homme d’affaires devenu président, il a profondément<br>dévoyé le paysage politique américain et suscité des réactions passionnées, tant<br>chez ses partisans que chez ses détracteurs. Il est né le cul dans le gâteau et la<br>cuillère d’argent dans la bouche. Son père, Fred Trump, était un promoteur<br>immobilier prospère. Il a repris dans les années 1970 l’entreprise familiale, qu’il<br>rebaptise la Trump Organization. Au fil des décennies, il a construit une image<br>publique fondée sur le luxe, la réussite et l’audace. Milliardaire entré en politique il a<br>un discours populiste, critique avec virulence l’establishment, promet le<br>protectionnisme économique et montre un discours ferme sur l’immigration. Il a<br>remporté l’élection de 2016 face à Hillary Clinton, devenant le 45ᵉ président des<br>États-Unis. Durant son mandat (2017–2021), il met en œuvre une politique axée sur<br>le slogan « America First ». Sur le plan international, il remet en question plusieurs accords multilatéraux et privilégie des relations bilatérales, tout en entretenant des rapports parfois tendus avec des alliés traditionnels des États-Unis. Son usage intensif des réseaux sociaux, son ton souvent conflictuel, ses accusations et ses fake-news alimentent un climat politique délétère. Il a fait face à deux procédures de destitution (impeachment), sans toutefois être destitué par le Sénat. La fin de son mandat est particulièrement agitée, notamment après l’élection présidentielle de 2020, qu’il conteste publiquement. On se souvient de l’assaut du Capitole par ses partisans fanatisés. Il représente une menace pour les institutions démocratiques et les normes politiques traditionnelles. Il a malheureusement été réélu, Il a repris le vieux slogan de l’autre Donald Reagan&nbsp;: &#8220;Make America Great Again&#8221;. Cela<br>s’annonçait pire qu’à son premier mandat. L’actualité l’a confirmé. Il fait le chantage<br>au fort relèvement des droits de douanes. Les juges suprêmes américains doivent se<br>prononcer dans les prochains jours sur la légalité des droits de douane qu’il impose.<br>S’ils étaient jugés illégaux, les USA pourraient devoir rembourser des sommes<br>astronomiques. On peut rêver&nbsp;!</p>



<p>Trump a enlevé le président du Vénézuéla, menace la Colombie, le Groenland, le<br>Mexique et Cuba. Il promet aussi de s’attaquer à l’Iran pour protéger le peuple<br>iranien des Mollahs. Il revendique le pétrole vénézuélien (volé aux USA, ose-t-il<br>dire&nbsp;!). Il lorgne sur les richesses minières du Groenland et gare à tous les pays qui<br>ont de telles richesses.&nbsp;</p>



<p>Pour Maurice Lemoine, journaliste, ancien rédacteur en chef du Monde diplomatique<br>(2006-2010), auteur du livre « Les enfants cachés du général Pinochet »,<br>l’impérialisme américain n’a jamais pris fin. Pour lui c’est une maffia qui a enlevé<br>Maduro dans le seul but de s’approprier les richesses du Venezuela,  une opération<br>mafieuse saluée par les « collabos » . Le chef maffieux est Donald Trump qui a<br>proféré des menaces contre la Colombie, Cuba… Il lancé « Il va falloir faire quelque<br>chose au sujet du Mexique”, “Cuba est un sujet que nous aborderons tôt ou tard”,<br>“On va devoir recommencer dans d’autres pays. Nous pouvons y arriver. Personne ne nous en empêchera”. Il faut dire que d’aucuns, notamment en Europe, l’ont encouragé, tout en dénigrant le chavisme et Nicolas Maduro désigné comme un dictateur qui a appauvri les Vénézuéliens. Il est vrai que depuis le milieu des années 2010, bon nombre des bons indicateurs économiques enregistrés sous Chavez ont régressé. Cependant, tous les documents fiables sur le sujet, y compris les rapports de l’ONU, attribuent la responsabilité de cette situation aux sanctions sévères imposées par les États-Unis et l’Occident, dont le but était d’appauvrir les Vénézuéliens pour les pousser à la rébellion. Un rapport publié en 2021 par l’experte indépendante de l’ONU pour le Venezuela, Alena Douhan, affirme que le programme de sanctions contre le Venezuela équivaut à un “blocus économique” avec des effets dévastateurs sur les conditions de vie des Vénézuéliens moyens. Elle a ajouté que les sanctions sectorielles contre les industries pétrolière, aurifère et minière, ainsi<br>que le gel de tous les actifs de la Banque centrale, ont “considérablement réduit les<br>recettes, affectant les systèmes publics de l’électricité, du gaz, de l’eau, des<br>transports, de la téléphonie et de la communication, ainsi que les écoles, les<br>hôpitaux et d’autres institutions publiques”.</p>



<p>Tout le monde doit comprendre ce qui se passe au Vénézuéla. Le mauvais coup de<br>Trump a été bien préparé. Phase 1, on remet le prix Nobel de la paix à l’opposante,<br>Phase 2 on bombarde pour préparer l’arrivée de l&#8217;ultralibérale pro-Trump compatible<br>avec les plans de Trump pour s&#8217;emparer du pétrole vénézuélien. C&#8217;est un retour au<br>Chili de Pinochet et à l’Argentine de Vidella. Trump fait bombarder Caracas, puis fait<br>enlever Maduro et sa famille. Trump fait de Nicolas Maduro le chef du &#8220;cartel de los<br>soles&#8221;. Une accusation qui fait pschitt devant les juges américains. Ce serait une<br>invention de l&#8217;administration de Trump pour faire passer Maduro pour le chef<br>imaginaire d&#8217;un cartel de la drogue qui n’existe pas. Si le président (Trump) fonde ses<br>actions sur des accusations de trafic de drogue, c&#8217;est d&#8217;une hypocrisie totale compte<br>tenu de sa récente grâce accordée à l&#8217;ancien président hondurien Juan Orlando<br>Hernández, responsable de l&#8217;importation de plus de 400 tonnes de cocaïne aux<br>États-Unis. Les médias mainstream ont-ils rapporté que les accusations de trafic de<br>drogue sont ridicules et infondées&nbsp;? Non&nbsp;! Une fois encore, les propagandistes et<br>autres influenceurs démontrent la faillite des médias mainstream et la nécessité<br>impérieuse de faire entendre les voix indépendantes. Il n&#8217;aura échappé à personne<br>que l&#8217;affaire Maduro est devenue une affaire nationale en France, lorsque l&#8217;on<br>compte le nombre&nbsp;d&#8217;articles qui , à travers Maduro et Chavez, attaquent Jean-Luc<br>Mélenchon et les Insoumis. On note la lenteur de Macron à se mettre du côté des<br>droits internationaux, après avoir félicité Trump et fustigé Maduro.</p>



<p>Sur une chaîne de télé, un journaliste donnait encore son avis orienté, mais les<br>intervenants revenaient sur la question de savoir si Maduro est un dictateur comme<br>l&#8217;affirme la presse propagandiste et leur constat retenait que Maduro est un dirigeant<br>autoritaire dont l&#8217;élection est contestée. On lui reproche de persécuter certains<br>opposants mais il existe au Venezuela la pluralité des partis politiques. Cela change<br>de tous les commentateurs qui qualifient Maduro de dictateur sans développer cette accusation. Dans le passé, les USA nous ont habitués à des accusations<br>outrancières contre les dirigeants de pays avant interventions militaires. Ce sont les<br>mêmes commentateurs qui ne disent mot sur Netanyahou et les autres dictateurs<br>adoubés par les USA.</p>



<p>Trump, lui, est un dictateur et le démontre sur la scène internationale, mais aussi<br>dans la politique intérieure des Etats-Unis. Il a déployé l’armée surtout dans les états<br>démocrates. Il a fait de l’ICE, une milice qui chasse l’immigré comme les nazis<br>chassaient les Juifs.</p>



<p>Renee Nicole Good avait 37 ans. Elle avait un fils de 6 ans. Elle a été assassinée par<br>la police chargée de l&#8217;immigration ICE. Elle est une citoyenne américaine. Après les<br>tirs, les agents fédéraux ont empêché un médecin de lui porter secours. Non<br>seulement elle a été tuée sans raison autre que la folie meurtrière, mais ils veulent la<br>faire passer pour une terroriste. Ce tueur de l&#8217;ICE, marié à une Philippine, chasse les<br>immigrés et tue sans raison une Américaine qui n&#8217;avait rien fait. Un peu comme si le<br>chef de la SA nazie avait été marié à une Juive et Himmler à une Sénégalaise.<br>Comment peut-on être marié à une Philippine et appartenir à l&#8217;ICE, cette milice<br>raciste et violente? Avec Trump, c&#8217;est possible ! Ce dictateur fasciste encourage les<br>bas instincts et couvre les meurtriers. Depuis son retour à la Maison-Blanche, Donald<br>Trump multiplie les initiatives pour apposer son nom sur des institutions et des<br>projets publics.&nbsp;La Tour Trump, apogée de ses opérations immobilières, ne lui<br>suffisait plus. Il a fait ajouter son patronyme au-dessus du nom de l’Institut des Etats-<br>Unis pour la paix et a revendiqué le prix Nobel de la paix. Il a fait rebaptiser le<br>Kenney-Center en Trump-Kennedy Center. Il projette une flotte de «&nbsp;beaux&nbsp;» bateaux<br>de guerre à son nom. Il veut même faire frapper une monnaie à son effigie.<br>Le mégalo Trump ne suit que sa &#8220;propre morale&#8221; (c’est lui qui le dit) qui n&#8217;est pas<br>propre mais très sale. Il n’a rien à foutre des droits internationaux (c’est encore lui qui<br>le dit) Pour lui, il ne faudrait pas employer le mot &#8220;morale&#8221; mais l&#8217;expression<br>&#8220;mauvaises mœurs&#8221;. Il incarne l&#8217;immoralité d&#8217;un dictateur aux mauvaises mœurs. Il<br>n&#8217;a honte de rien. Il est fier de lui dans toutes les bassesses dont il est capable. Il<br>couvre le génocide des Palestiniens et le meurtre d’une mère américaine.<br>Quand se décideront-ils à entamer une nouvelle procédure d&#8217;empeachment ? Trump<br>est un danger pour les Américains et pour le monde entier. Jusqu&#8217;où sa rapacité et<br>sa mégalomanie vont-elles être encouragées ? Il s’inscrit dans la longue liste des<br>coups d’Etat fomentés par les USA en Amérique latine, une vingtaine dans laquelle<br>on peut ajouter les 634 tentatives de la CIA pour éliminer Fidel Castro et les coups<br>d&#8217;État judiciaires, tels que celui dont a été victime Lula da Silva au Brésil, qui ont été<br>la forme la plus courante d&#8217;opérations de changement de régime soutenues par les<br>États-Unis au cours des 20 dernières années. Les États-Unis se comportent depuis<br>des décennies comme un tueur à gages mafieux mondial. Il veut soumettre des<br>peuples à sa rapacité et à la bonne santé financière du pétrodollar, menacé par la<br>monnaie chinoise. Au Venezuela, des manifestations hostiles aux USA ont montré que, si les manifestants ne sont sans doute pas tous partisans de Nicolas Maduro, ils<br>sont tous contre le coup de force de Trump, l&#8217;ingérence étrangère et le vol de leurs<br>ressources pétrolières.</p>



<p>Le sénateur américain Bernie Sanders a vivement critiqué, dimanche 4 janvier,&nbsp;l’opération menée par Donald Trump contre le Venezuela, l’accusant de violer la Constitution américaine et le droit international. Il a appelé le Congrès à adopter sans délai une résolution sur les pouvoirs de guerre afin de mettre fin à ce<br>qu’il qualifie « d’opération militaire illégale » et de réaffirmer les prérogatives<br>constitutionnelles du législatif.</p>



<p>La force ne fait pas le droit… Réagissant à son tour à la crise, la Présidente de<br>l’Assemblée générale de l’ONU, Annalena Baerbock, a déclaré que le « cadre de<br>référence » dans les jours à venir doit être la Charte des Nations Unies, qui n’est pas<br>un « document facultatif ». Elle a rappelé que l’Article 2 stipule clairement que tous<br>les États Membres, y compris les États-Unis, doivent s’abstenir de la « menace ou de<br>l’emploi de la force » contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout<br>autre État. « Un monde pacifique, sûr et juste pour tous n’est possible que si l’état de<br>droit prévaut, et non la loi du plus fort », a-t-elle averti.</p>



<p>Jean-Paul d’Aïtone</p>
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