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Corse, quel avenir ?


Propos introductif de Jacques Casamarta au nom du mouvement Inseme à Manca

En premier lieu, je voudrais au nom de notre jeune mouvement « Inseme à Manca, Ensemble à gauche », résultat d’une fusion récente entre le mouvement MancaAlternativa et les militants de la Corse Insoumise engagés sur la liste « l’Avenir la Corse en Commun, l’Avvene à Corsica in Cumunu » lors des dernières élections territoriales de décembre 2017, vous remercier chaleureusement pour votre présence aujourd’hui afin de participer à ces deux journées de réflexions politiques.

Je voudrais aussi remercier Liza Terrazzoni jeune sociologue, qui a fait sa thèse sur un sujet ô combien d’actualité « les jeunes et l’immigration en Corse », d’avoir accepté de participer à notre invitation, à cet échange, ce dialogue, que nous espérons productif et éclairant.
Remercier aussi Roger Martelli, qui est historien, auteur et qui nous dédicacera cet après-midi son dernier ouvrage sur mai 68. Beaucoup ici connaissent Roger, il était déjà parmi nous il y a deux ans presque jour pour jour, à l’initiative à l’époque de Manca Alternativa.

Les militants d’INSEME À MANCA-ENSEMBLE A GAUCHE avons fortement été interpellés et engagés dans le débat sur la question des nationalismes en Corse et leur importance aujourd’hui un peu partout en Europe. Ces questions n’étaient pas absentes des débats lors des dernières élections territoriales en Corse ou en Catalogne. A l’époque la réflexion nous a amenés à aborder la question de l’égalité et de la place de la Corse dans la République.

Depuis 2015, nous pouvons dire que nous avons eu une activité politique assez chargée. D’abord au plan national avec l’élection présidentielle en 2017 qui a malheureusement abouti à l’élection d’Emmanuel Macron, mais aussi avec les élections législatives où nous étions candidats dans les quatre circonscriptions, car le rassemblement n’a pu, en Corse comme sur le Continent, se réaliser avec le parti communiste. Des élections difficiles, pour ‘’la gauche de la gauche’’ que nous voulions représenter, même si le résultat sur l’ensemble de l’île a placé la « Corse Insoumise » en situation de rassembler en arrivant en tête.

Dans la foulée nous avons mené campagne pour les élections territoriales de décembre 2017 dans des conditions rendues encore plus difficiles par le Tweet provocateur de JL Mélenchon le 03 septembre 2017, refusant toute idée de rassemblement à gauche.

Le score de 5,7% des suffrages et le mode de scrutin n’ont pas permis d’obtenir des élus et la situation a conduit à la quasi disparition de cette force à gauche de transformation sociale à l’Assemblée de Corse.

Il faut toutefois signaler que si le scrutin s’était déroulé à la proportionnelle nous aurions obtenu 3 élus, mais cette situation ne peut masquer que le résultat n’a pas été à la hauteur des espoirs et qu’il faudra continuer à tirer les enseignements et analyses sur cette élection.

Aujourd’hui, on souffre du fait que le social est à la marge de la politique, même si dans notre île une personne sur cinq (66 000) se trouve vivre en dessous du seuil de pauvreté, un taux très important et qui donne indication sur la gravité de la crise sociale en Corse.

Cette dimension sociale se trouve au coeur de notre action politique et malgré que notre discours n’ait pas été entendu, il nous faudra continuer à agir et prolonger la réflexion.

Je ne dirais pas que la gauche que nous avons voulu porter a disparu de la scène politique, car nous sommes toujours là, actifs et aujourd’hui en est un exemple, mais il est parallèlement évident que nous avons, plus que jamais, besoin d’une véritable autocritique, d’une réelle remise en cause, de pousser les analyses, retravailler nos grilles de lecture, pour ne pas se couper du réel et surtout bien comprendre les énormes enjeux politiques qui travaillent et bouleversent nos sociétés.

Nous avons besoin aussi de savoir qui nous sommes, pour reprendre une expression souvent utilisée dans la dernière période et notamment depuis les dernières élections législatives et surtout territoriales avec les désaccords politiques qui se sont affirmés avec la France Insoumise.

Il y a de grands enjeux politiques et en Corse il y a aussi de grandes questions qui sont face à nous. Mais dans la mondialisation capitaliste, il faut sans ambiguïté se dire qu’il n’y aura pas de solution corso-corse. La dimension mondiale, européenne et nationale ne peut en aucun cas être reléguée au second plan, même s’il y a des questions à traiter régionalement.

Je pense par exemple à la question des déchets, sur laquelle j’ai eu hier l’occasion de m’entretenir avec Etienne Ferrandi, le maire de la commune d’Alata. La question des déchets, ce serpent de mer, on en parlait déjà il y à trois, quatre, et cinq ans et dont rien, jamais, ne semble réglé ! L’arrivée des nationalistes à la tête de la région il y a deux ans et demi, en décembre 2015, n’a, malgré les promesses, en rien modifié le cours des choses. C’est aujourd’hui une réalité.

Cette matinée sera consacrée, avec les interventions de Roger Martelli et Liza Terrazzoni, à aborder les questions fondamentales de la région, de la nation et de la place de la Corse. Nous voulons une vision progressiste qui ne nous enferme pas dans un statut quo, mais qui permette d’ouvrir de véritables perspectives décentralisatrices et humanistes. Nos débats seront un moment important dans la reconstruction de la ‘’gauche de la gauche’’, parce que nous sommes là pour proposer, agir, être actifs et s’organiser.

Ces journées de réflexion vont nous permettre également d’aborder certaines des grandes questions en débats et nous avons choisi de commencer par :

– Le statut de résident, dont nous doutons de sa capacité à lutter efficacement contre la spéculation foncière et immobilière. Jean Alesandri introduira la discussion.

– La question de la langue et sa place dans la société. Philippe Istria ouvrira le débat.

– Le Statut Fiscal qui fait actuellement débat dans l’île. Aldo Siddi rapportera sur cette question. Il nous faut prendre des positions en toute clarté, comme nous avons déjà pu le faire pour la moralisation de la vie politique avec notre » Charte éthique et démocratique ».
Tous ces sujets sont importants pour l’avenir de l’île et il faut leur donner une vraie réponse de gauche.

La journée de dimanche sera l’occasion dans sa première partie, de poursuivre sur un débat politique plus général qui traverse les réflexions à gauche sur le thème « Populisme, ou refondation de la gauche ? ». Francis Sitel sera chargé d’ouvrir nos échanges.

Enfin, j’en profite pour dire qu’au départ nous nous étions projeté dans un échange beaucoup plus large en invitant des militants d’autres forces politiques à gauche, mais en définitive nous avons fait le choix de pousser d’abord le débat entre nous, pour mieux cerner les enjeux, prendre le temps nécessaire pour la réflexion et si possible tenter d’arrêter des positions claires sur tous ces sujets.

Avant d’en terminer et de laisser place au débat, permettez-moi de vous présenter Mohamed Nadrani, militant marocain mais aussi auteur et réalisateur. Il se trouve en Corse dans le cadre du festival des Cinémas du Maghreb qui débute ce soir à Ajaccio pour présenter son film documentaire « Sur les chemins des Phosphates ». Un film très intéressant historiquement et qui aborde la condition ouvrière au Maroc au début du 20ème siècle, au début de la colonisation de son pays par la France. Il participera à nos discussions et fera part de son expérience.

Avant de laisser la parole à Jean Alesandri qui va jouer le rôle de médiateur pour cette première matinée, je voudrais aussi remercier de leur présence Francis Sitel, Roland Merieux et Bruno Della Sudda, qui se sont déplacés de Paris et Nice et qui représentent le mouvement Ensemble !, auquel plusieurs d’entre nous sont affiliés. Pour rappel, le mouvement Ensemble était la troisième composante du FDG, qui comme vous le savez n’a pas survécu aux divisions.

J’en profite aussi pour dire que les 18 et 19 mars dernier Francis Peretti, Muriel Buisson, Pascale Larenaudie, Dylan Champeau, Philippe Istria et moi-même avons participé à Bagnolet au siège du mouvement à une réflexion sur la question des identités, et surtout la montée des nationalismes en France et en Europe. Même si le contenu aujourd’hui est quelque peu différent et plus centré sur des questions régionales, ce débat s’inscrit dans la continuité des réflexions engagées à Bagnolet. Vous le verrez, le débat existe, et les idées se partagent, mais se confrontent aussi.