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Démocratie autogestionnaire ou décentralisation d’austérité ? (contribution au débat sur l’autonomie)

par Jacques Casamarta

L’arrivée en 1981 de la gauche au pouvoir en France a ouvert une ère nouvelle. En 1982 le statut particulier a jeté les premières bases d’une politique de décentralisation. Quatre ans plus tard, en 1986, les autres régions de France suivront. Depuis, des évolutions ont été enregistrées notamment avec le statut Joxe en 1991 créant la « Collectivité Territoriale de Corse ». Elles se poursuivront, entre 2000 et 2003, avec le « processus de Matignon » et enfin en 2018, s’appuyant sur la Loi NOTRe, de nouvelles compétences verront le jour avec la création de la « Collectivité de Corse » et la suppression des deux départements de l’île.

Autant dire que la question institutionnelle a toujours été omniprésente dans les débats sur la Corse, mais pour autant la vie des citoyens n’a pas forcément évolué dans le bon sens.

Aujourd’hui, un nouveau projet de loi constitutionnelle sous le titre « Pour une Corse autonome au sein de la République » n° 2697 est à l’ordre du jour. Elle sera assortie d’une loi organique dont nous ne connaissons pas les contours.

Sur « l’autonomie », le Président de la République s’est exprimé à deux reprises à ce sujet en 2022, puis de nouveau le 28 septembre 2023 devant l’Assemblée de Corse.

Mais l’enjeu pour les citoyens, dans un contexte économique et social fragilisé est de savoir où nous allons.   Savoir si nous allons continuer dans une décentralisation d’austérité, car c’est bien ce que nous vivons aujourd’hui, ou alors allons innover dans une nouvelle démocratie.

Posons-nous la question, en plus de quarante années peut-on considérer que l’individualisme et la gestion clanique aient reculé dans l’île, que la démocratie citoyenne ait progressé ?

Peut-on considérer que les populations soient plus impliquées dans l’avenir de la société, qu’elles se sentent plus et mieux écoutées ?

Peut-on considérer que la situation économique et sociale se soit améliorée quand on sait qu’une personne sur cinq en Corse, vit encore aujourd’hui sous le seuil de pauvreté ?

La réponse que nous devons donner à ces questions essentielles doit déterminer le choix politique de nos réponses et propositions à formuler, car l’enjeu, me semble-t-il, est avant tout lié à la manière dont la démocratie s’applique dans nos collectivités et surtout nos sociétés. En disant cela, je ne déconnecte pas la Corse de toutes les autres régions de France, car l’exigence de plus de démocratie est un besoin partout.

Si nous considérons que les institutions actuelles ne répondent pas, ou insuffisamment aux questions soulevées, alors nous devons nous interroger ? Quelle réflexion apporter, quelles propositions promouvoir ? Comment améliorer la représentation démocratique ?

A travers cette contribution je donne mon sentiment et quelques pistes de réflexions qui s’appuient aussi sur l’histoire, car dans les années 70 la gauche déjà, portait un projet intitulé « Une Corse autonome dans une France solidaire. »

Un premier constat et non des moindres s’impose.

Il n’y aura pas de solutions Corso-Corse à la crise globalisée, économique et sociale du système actuel, que l’on nomme libéralisme pour les uns ou capitalisme pour d’autres.

La crise impose certainement des mesures structurelles de fond et la démocratie probablement en fait partie.

Mais en Corse, si le débat est quasi permanent depuis ces cinquante dernières années, il faut aussi constater que les citoyens ne sont pas pour autant impliqués et informés.

Le débat, une fois de plus est resté au niveau des initiés et d’une certaine classe politique représentée au sein de la Collectivité de Corse. La gauche en est exclue. Les citoyens, les organisations syndicales et associatives, la société en général sont pour l’instant absents de la réflexion et du débat, ce qui pose une carence démocratique.

On entend parler « d’autonomie de plein exercice et de plein droit », mais pour l’instant, les contours politiques sont restés flous pour ne pas dire inexistants.

Si nous voulons jouer un rôle politique dans ce qui se prépare, il nous faut réfléchir et avancer l’idée qu’une réforme institutionnelle permettant une amélioration de la démocratie citoyenne reste à construire.

Avant d’aller plus loin, il faut s’interroger et sur la base de l’expérience, ouvrir à gauche des pistes nouvelles. Je reste persuadé qu’ici en Corse pour parler décentralisation, il conviendrait d’ouvrir ce débat dans la réflexion sur une 6e République laïque et solidaire, ce qui ne veut pas dire qu’il faille attendre la nouvelle République pour avancer dans ce sens.

Démocratie et autogestion, un peu d’histoire.

Le débat existait hier, il est encore d’actualité dans certaines sphères aujourd’hui. La démarche autogestionnaire conçue comme une nouvelle citoyenneté, ou les individus et les collectifs de travail ou d’intérêt pourraient jouer un rôle direct dans les processus de la gestion sociale et économique. Au plan européen, la Yougoslavie de Tito, en son temps, a ouvert une réflexion, mais cet embryon autogestionnaire dans un pays du « bloc socialiste » atypique devait prendre fin au début de 1991 avec les guerres qui ont démantelé le pays.

Aujourd’hui les Kurdes, dispersés sur quatre pays, Syrie, Turquie, Iran et Irak sont malmenés dans chacun de ces pays. Ils ont pris conscience de l’importance de dégager des pistes et des perspectives en s’appuyant sur la démocratie, la perspective autogestionnaire, le municipalisme.

En France, en 1968, cette notion va alimenter les débats de l’époque et de la décennie qui va suivre. Le PSU va en donner sa définition, les communistes, dans la suite logique de l’abandon de la dictature du prolétariat et des 22 et 23èmes congrès, de l’eurocommunisme, vont en faire un cheval de bataille. Certains syndicats, comme la CFDT, vont aussi s’emparer du sujet. En 1992, le mouvement Alternative Démocratie et Socialisme (ADS) dont Félix Damette est l’un des animateurs avec Gilbert Wasserman insiste sur l’importance et l’intérêt face au développement de la crise, de faire émerger une stratégie autogestionnaire pour lutter efficacement contre le système capitaliste.

En opposition à la délégation de pouvoir, l’idée d’autogestion valorise tout à la fois, la nécessité de l’union à la base et celle de gagner des consciences par un engagement de terrain, au plus près des citoyens, qu’ils soient salariés, retraités, habitants d’un quartier, d’une ville ou d’un village. C’est dans ce sens que ce processus ou cette démarche autogestionnaire dépasse largement la question juridique des institutions. C’est une philosophie politique, une nouvelle manière de s’engager en politique.

Nous ne partons pas de rien, et comme nous l’avons vu brièvement, en son temps des intellectuels de gauche ont largement traité le sujet et ouvert des pistes de réflexions. Mais depuis elles ont quelque peu été abandonnées dans le langage politique courant, y compris dans les formations de gauche qui s’en prévalaient.

Pourtant, le combat démocratique est un combat de classe. Voilà pourquoi, il semble nécessaire de faire appel à l’autocritique sur la gauche elle-même et la manière dont elle a fonctionné stratégiquement, ces dernières décennies. Certains nous rétorquerons que c’est du passé et qu’il faut se tourner vers l’avenir. Mais l’avenir ne peut se construire sans fondations solides, sans une stratégie, ouvrant des perspectives et conduisant à l’émancipation. C’est une des principales leçons de notre histoire contemporaine.

Avant d’aller plus loin, il faut définir le mot « autogestion », le replacer dans son contexte historique et relever aussi la démagogie autogestionnaire possible.

Ce concept sur l’autogestion qui apparaît dans le langage politique en 1968 a germé dans une grande confusion idéologique, mais en même temps, il relevait une nouvelle et très forte aspiration à un élargissement de la démocratie qui a été symbolisé dans notre île par le slogan « Vivre, décider et travailler au pays ».

En d’autres termes, le fait régional et une certaine idée de la décentralisation s’appuyait sur l’aspiration à prendre en main soi-même ses propres affaires.

Dans l’ouvrage « pour une stratégie autogestionnaire », Félix Damette et Jacques Scheibling montrent que le concept « d’autogestion a été initié en France dans les années 70, sur le mode social-démocrate ». Cette manière de voir a amené l’idée que « le problème de la propriété des entreprises serait quelque chose de dépassé et que la gestion en serait l’élément principal ». Or insistent-ils, « la situation met en évidence la question de la propriété des grands moyens de production et d’échange ». Pour nous « l’autogestion ne peut-être en opposition avec la propriété collective des grands moyens de production et d’échange. Ils sont au contraire complémentaires ».

Au regard de la situation d’aujourd’hui, des services publics mis à mal dans de très nombreux domaines, (éducation, santé, énergie, transports…), des privatisations comme en Corse avec la SNCM, nous ne pouvons que relever la pertinence de cette analyse. Nous sommes décentralisés, mais le service public des transports maritime a été privatisé.

Ces quarante dernières années seront donc marquées par une multitude de paradoxes et de déconvenues à ce sujet.

Le premier exemple touche aux biens communs, aux nationalisations, à la propriété collective des grands moyens de production. Sous l’impulsion des traités européens, une vague de privatisations a submergé le pays. La gauche de pouvoir y a participé activement, posant par la même un problème de crédibilité sur sa politique.

Une chose est désormais sûre : le salut ne viendra pas d’en haut. Seules des insurrections, des soulèvements et des coalitions transnationales de citoyens peuvent l’imposer aux États et au capital.

Les luttes aujourd’hui pour les biens communs, les services publics, les nationalisations démocratiques, sont complémentaires de la lutte pour l’autogestion.

Le deuxième exemple a trait à la décentralisation.

L’autogestion peut vouloir dire démocratie dans les entreprises, dans les communes, dans la société, mais aussi dans les régions.

Le terme de décentralisation ou encore d’autonomie dans l’inconscient collectif peut vouloir dire volonté autogestionnaire, de prendre ses affaires en main et de participer des décisions.

Or, il nous faut faire très attention car il y a aussi une grande part de démagogie. Le langage des mots ne reflète pas toujours une réalité. Le pouvoir ou le capital ont besoin de récupérer et d’intégrer une partie des couches populaires qui se reconnaissent dans l’autonomie ou encore la décentralisation et qui sont influencées par ces idées.

Telles que les choses sont en place aujourd’hui, la gestion de la crise est une gestion qui laisserait un créneau au discours autogestionnaire avec quelques pratiques récupératrices.

En effet le centralisme étatique doit être complété à la base par une participation tronquée : une autogestion de la crise et de l’austérité complètement déterminée en amont par les décisions de l’appareil d’État, ou de l’Union Européenne, où chacun pourrait dire un mot sur la meilleure façon d’aménager la crise dans son coin.

C’est je crois exactement ce que nous vivons dans l’île, depuis de nombreuses années, et qui continue encore aujourd’hui malgré et avec les nationalistes au pouvoir. C’est ce qui explique aussi une forme de mécontentement y compris dans certaines sphères régionalistes ou nationalistes.

C’est bien ce positionnement politique à travers les outils existants, les institutions qu’il faut dénoncer. Mais dénoncer ne suffit pas, encore faut-il être en capacité de proposer autre chose.

Un pouvoir qui ne remet pas en cause les mécanismes institutionnels et politiques en œuvre aujourd’hui est un pouvoir comme nous avons tenté de le dire à l’occasion des élections territoriales de 2017 qui se contentera de rester dans les lignes tracées par les orientations libérales, européennes et capitalistes.

Si on regarde les mécanismes politiques et comment les choses ont évolué, on ne peut qu’être critiques vis à vis de la Collectivité de Corse actuelle, telle qu’elle a été définie par la loi, même si celle-ci a énormément de prérogatives. Peut-on considérer par exemple que la suppression des départements soit une avancée de la démocratie  et de la décentralisation ? Cela nous le savons a conduit à une super centralisation des pouvoirs.

Vivre, décider et travailler au pays : une exigence toujours d’actualité.

La réponse est pour nous évidente, tout a été fait pourtant pour qu’au nom d’une certaine décentralisation, on fasse le contraire et qu’on aboutisse en fait à éloigner le pouvoir de décision, à centraliser et concentrer tout le pouvoir sur la Collectivité de Corse et le président de l’exécutif. C’est tout le paradoxe que nous vivons aujourd’hui.

Je ne sais s’il est juste de le dire ainsi, mais le slogan généreux des années 70 « vivre, décider et travailler au pays »  symbolisant une forte volonté de participation aux décisions a été instrumentalisé et dévoyé.

Dans la réflexion, il faut partir de la Collectivité de Corse telle qu’elle est aujourd’hui, avec toutes ses prérogatives actuelles, mesurer sa pertinence politique et surtout poser la question : quelle stratégie adapter à notre temps ? Quelles institutions pour une amélioration de la démocratie et de la participation des citoyens ?

Faire la clarté.

C’est pourquoi il faut aussi lorsqu’on parle de « démocratie ou de démarche autogestionnaire » le faire en toute clarté.

Pour les auteurs de l’ouvrage édité aux éditions sociales « pour une stratégie autogestionnaire » l’autogestion n’est pas quelque chose à récolter, c’est un champ à travailler, une stratégie pour construire un contrepoids démocratique à la crise du système néolibéral. Il s’agit d’un changement de pratique politique y compris pour nous-mêmes. Un changement de paradigme.

Nous le savons, le capitalisme n’est pas en mesure aujourd’hui de trouver des réponses progressistes à la crise. En une cinquantaine d’années il s’est produit de véritables ruptures, de véritables mutations. Des bouleversements lourds dans les relations de société qui ont été laminées dans tous les domaines. Des équilibres séculaires ont été détruits par l’évolution du capitalisme. 

Ces destructions sociales ont affecté la production comme nous l’avons vu, mais aussi la totalité du territoire, qu’il s’agisse de régions rurales ou de régions urbaines, (désertification de territoires, déracinement) et la Corse en paie un lourd tribu. Tout cela a conduit à une déshumanisation accentuée des relations sociales et l’installation de nouvelles ségrégations. Ségrégations par les inégalités sociales, mais aussi isolement des individus, par un renforcement du sentiment de solitude de chacun. L’individualisme s’est développé. L’urbanisation accélérée s’est réalisée au rabais (consortium) et dans de mauvaises conditions. Il n’y a qu’à constater l’évolution catastrophique et spéculative de l’urbanisme à Ajaccio.

C’est le rythme de vie de chacun, l’organisation du temps qui ont été bouleversés. Le patronat et les pouvoirs, y compris les pouvoirs socialistes dits « de gauche », ont voulu diminuer les dépenses sociales. La précarité s’est ainsi développée dangereusement.

On parle de plus en plus « d’individus déracinés, y compris chez nous en Corse. Mais en fait, est-ce le déracinement le vrai problème ? N’est-ce pas plutôt qu’au point d’arrivée, il n’y a pas d’enracinement, en particulier dans les grands centres urbains »

Les conditions de vie, de logement, l’éclatement de la vie familiale ou l’inactivité, sont autant de raisons qui conduisent à l’isolement, au non enracinement.  Le mal vivre prend souvent une multitude de forme, y compris aujourd’hui dans nos villages avec la précarité sociale qui se développe dangereusement.

Or les femmes et les hommes vivent en société et ont besoin de lieux d’attaches. L’idée d’autogestion est très étroitement liée à l’existence du monde associatif, syndical, étroitement liée au collectif et aux collectivités. Des communautés ayant des cohérences, une consistance, des sociétés qui se sentent solidaires et coresponsables. Des décisions prises en toute transparence et en connaissance de cause, des décisions pour l’intérêt général.


Démocratie autogestionnaire ou décentralisation d’austérité.

Tous les pouvoirs aujourd’hui, y compris la Collectivité de Corse, par l’intermédiaire des lois et prérogatives, ont développé une politique pour une prise en charge des problèmes de société de façon très bureaucratique et centralisée.

Face à l’isolement des individus, la crise du système actuel, la piste de la « démocratie autogestionnaire » est peut-être ce contrepoids nécessaire  face à cette « décentralisation d’austérité », une décentralisation complètement déterminée en amont par les décisions de l’appareil de l’État, ou de l’Europe et où le débat, permet surtout de discuter de la meilleure façon d’aménager la crise.

Peut-être que cette « démocratie autogestionnaire » sera en mesure dans le temps de redonner confiance dans la politique et surtout recomposer la société, les mécanismes et les relations sociales sur une autre base, impliquant la participation directe des intéressés.  Mais il faut en avoir conscience, c’est un engagement qui va se mesurer sur le moyen ou le long terme.

L’autogestion repose sur cette idée d’assumer ensemble des responsabilités, de s’auto-organiser pour traiter des problèmes communs, et cela, partout où il y a des groupes humains qui ont besoin de vivre ensemble. Mais en elle seule, la formule est insuffisante, il lui faut du contenu.

Cela renvoie aux solidarités et à ses différentes formes. Une des manifestations des effets de la crise de la société, du développement de l’individualisme capitaliste, a été de détruire les solidarités qui existaient auparavant.  Et ça continue de plus belle aujourd’hui.

Je reste persuadé que l’aspiration qui est née  de cette destruction a été le fait régional. Certainement une volonté de ré-enracinement, une volonté de partage et de participation, d’ancrage culturel par la langue, le chant et plus généralement des traditions.

Dans le développement du capitalisme, il y a eu la volonté d’uniformisation et de négation des cultures régionales où tout au moins de marginaliser les richesses culturelles bien vivantes. 

Dans son dictionnaire sur l’autogestion, l’édition Syllepse dit ceci. «  Le citoyen doit prendre en main ses affaires, certes épouvantablement complexes, appendre à contrôler lui-même les systèmes… Il doit mettre en place des éléments d’un nouveau logiciel qui réduise la délégation de pouvoir à son strict minimum d’opacité dans les conditions contemporaines, lesquelles, techniquement et rationnellement, ouvrent de nouveaux possibles par rapport aux institutions héritées du 19e siècle qui, en dépit de quelques greffons, portent toujours l’empreinte en creux du système d’exploitation, sous les oripeaux d’un intérêt général largement abusif. »

Parce qu’elle fait appel à la conscience, la « démocratie autogestionnaire » peut être une forme d’auto-organisation citoyenne. Elle peut être une perspective et nous le savons, sans perspective, le projet, même s’il est le plus beau du monde, restera lettre morte et sans projet, la perspective restera aveugle.

C’est Jacques Scheibling dans l’ouvrage « Pour une stratégie autogestionnaire » qui avance cette idée, « c’est en reliant la question de l’unité nationale à celle de la démocratie, que l’on devenait à même de prendre en compte, la diversité, la richesse du passé et du présent de toutes les parcelles du territoire français. Il y a une nouvelle conception de l’unité et de la souveraineté nationale à partir de l’expression de sa diversité. Les différents niveaux où d’ailleurs s’expriment cette diversité française sont autant d’endroits ou peuvent se développer de nouvelles dimensions de la démocratie en France. De sorte qu’il y a tout à la fois renforcement de l’unité nationale et de la diversité par la démocratie, cette démocratie étant le seul moyen pour que la diversité n’entre pas en conflit avec l’unité, mais au contraire la fonde» Cette dernière phrase me semble très importante et je serai tenté de dire aussi qu’une démocratie autogestionnaire ne pourra fonctionner dans une région comme la Corse sans donner toute sa place à le nécessaire solidarité nationale. La solidarité nationale n’est pas l’aumône. Nous en avons montré son importance dans l’ouvrage « Corse, quel avenir ? »,notamment à travers la réflexion sur le statut fiscal.

La reconnaissance des aspirations à la « démocratie autogestionnaire » pour reprendre le fil du débat sur « l’autonomie » doit s’inscrire dans une démarche qui va de pair avec la recherche de toutes les formes d’intervention directe des citoyens, la disponibilité pour les initiatives solidaires, la volonté de renouvellement de la vie associative et syndicale. Elle ne se cantonne pas uniquement aux institutions politiques comme la Collectivité de Corse.

En fin de compte, il faut œuvrer pour que la démocratie devienne une grande force sociale et que la « politique » sorte du discrédit dans lequel on l’a enfermée. Il faut qu’elle retrouve une dimension éthique qui fonde tout projet mobilisateur sur des valeurs, des principes et des perspectives d’émancipation humaine.

Il faut exclure démagogie et compromission, renoncement et hypocrisie. Il faut favoriser la mise en mouvement des citoyens sur tous les terrains de la vie sociale, du quartier à l’entreprise en passant par le village, le département ou la région.

C’est la raison pour laquelle, il me semble que cette question de la démarche ou du processus autogestionnaire ne doit pas seulement se cantonner à la question des institutions.

Dans cette réflexion, une question doit être omniprésente. Pourquoi aujourd’hui la gauche, et en particulier la gauche révolutionnaire dans l’île, qui devrait être à la pointe du combat et peser de tout son poids pour faire évoluer les rapports de forces dans le bon sens, est aujourd’hui marginalisée ? C’est une grande question, elle se résume probablement en quelques mots : la perte de la crédibilité.

Pour finir, il me semble qu’il faut réaffirmer des principes. Le premier et très important, l’élection de la Collectivité de Corse à la proportionnelle à un tour, avec probablement un seuil d’éligibilité à 3 ou 3,5 % pour permettre une représentation large et démocratique.

L’élection des commissions, offices et autres organismes de la CdC à la proportionnelle. Nous savons aussi que la suppression des Conseils départementaux a été une erreur politique, elle a centralisé encore plus le pouvoir.

Enfin nous avons un large chantier à ouvrir, des pistes à explorer, trouver une réponse de gauche aux enjeux du moment.

Ce document n’est qu’une ébauche de réflexion sur les perspectives, une ouverture au débat et à l’approfondissement. Il reste en l’état un document de travail, une contribution.

Ajaccio le 31 mai 2026