1984 est un roman de science-fiction qui est à lire, à relire, à découvrir ou à redécouvrir. Il fait partie de ces lectures qui un jour viennent, comme une évidence, percuter votre conscience et s’aligner sur votre perception du monde.
Ecrit par Georges Orwell en 1948 et publié en 1949, ce roman décrit un monde imaginaire dépourvu d’humanité et d’amour, victime de dérives autoritaires et sous totale surveillance. Un monde noir et crasseux comme les slogans qui y sont assénés quotidiennement : Guerre est Paix, Liberté est Servitude, Ignorance est Puissance.
Ce roman défie le temps, il est la lecture d’un monde dans lequel nous avons commencé à nous engouffrer. Il a pourtant près de 80 ans mais les thèmes qu’il aborde sont aujourd’hui devenus des réalités et parlent tristement à nos oreilles.
1984…
Surveillance de masse avec en haut de la pyramide BIG BROTHER qui surveille tous les faits et gestes des individus qui composent la société jusque dans l’intimité. Une pyramide sociale où la base est constituée à 85 % des prolétaires, ici complétement abandonnés à leur sort qui n’est que de survivre, repoussés à la périphérie d’un monde qui n’est plus le leur.
Sous l’œil de Big Bother, un parti intérieur, une oligarchie, peu nombreuse 2%, mais toute puissante à laquelle rien ne résiste et pour qui le pouvoir est tout.
Entre les deux, un parti extérieur, composé de « bons petits soldats » au service de la propagande, à coups de Gin. Endoctrinés dès le plus jeune âge, les enfants veillent au respect de la règle et n’hésitent pas à dénoncer père et mère s’ils jugent que cette dernière est enfreinte.
L’atteinte aux libertés fondamentales. La liberté d’expression, la liberté de penser, n’existent plus. Aucun signe extérieur d’une quelconque émotion ou d’un quelconque ressenti ne doit transparaitre. Le télécran surveille et rapporte. L’appareil trône dans les maisons, dans les bureaux, dans la rue…, il distille à longueur de journée et de nuit chiffres, statistiques et objectifs, sans que l’on puisse l’éteindre.
Manipulation de la vérité. L’histoire est falsifiée, réécrite, « Le passé est effacé, et sitôt son effacement oublié, le mensonge devient vérité ». Le langage est appauvri, le néo-parler est inventé, vide de contenu et de sens.
La rébellion et la résistance sont punies. Arrestations, disparitions, évaporations…tortures. Il semble qu’il n’y ait aucun moyen d’échapper à BIG BROTHER comme l’atteste l’histoire du personnage principal.
Science-fiction, science-fiction et demie…Sans nul doute que Georges Orwell peut être qualifié de visionnaire ou de lanceur d’alerte. Cette vision de la société décrite dans 1984 fait résonnance en 2026. L’oppression, les peurs qui y sont décrites, les atteintes aux libertés individuelles, les manipulations sont contemporaines de notre siècle.
2026…
La surveillance de masse, l’atteinte aux libertés fondamentales, la manipulation de la vérité, …
Avec l’ère numérique, la surveillance de masse s’est insérée depuis longtemps dans notre quotidien, insidieusement et toujours sous prétexte de progrès, de protection et de sécurité. L’Intelligence Artificiel, les Gafam, les Data Centers…Toutes ces nouvelles technologies qui peinent à prouver leur utilité, renforcent un sentiment d’insécurité latent par le gigantisme qui leur est associé. Un gigantisme énergivore que ne peut plus absorber notre planète et qui se désintéresse du vivant sur terre.
Une intrusion sans cesse affichée dans la vie privée où tout semble sous contrôle. Plus aucun clic n’est anodin, tous nos choix sont orientés.
Que contrôlons nous ? et Qui nous contrôle ?
Quand la presse et l’édition française se trouvent majoritairement aux mains de milliardaires et de grands groupes associés, quand Julian Assange, journaliste d’investigation, passe 14 années de sa vie, privé de liberté et enfermé dans la prison de haute sécurité de Belmarsh à Londres, pour avoir, avec Wikileaks, permis la publication de documents d’intérêt public révélant notamment des crimes de guerre …
Qu’en est-il de la liberté d’expression, de la liberté à s’informer et à être informé ?
Le capitalisme isole, l’individualisme prend place et déconnecte ces « sujets » de la réalité. La manipulation fait son œuvre.
Qu’en est-il de la démocratie ?
Les analogies avec le roman de Georges Orwell sont évidentes et il y en a bien d’autres à la lecture de cette dystopie.
Mais, peut-être, existe-t-il encore un dernier bastion à tenir aussi fragile soit-il, aussi contrôlé soit-il, aussi réprimé soit-il. La rébellion et la résistance pour lutter contre la Haine. Cette Haine qui, divise, opprime, détruit, massacre et tue à travers le monde et qui n’épargne personne.
Trois grands hommes nous ont quitté dernièrement porteurs de valeurs humanistes. Ils nous laissent des messages, … Stéphane Hessel « Indignez-vous », Jean Ziegler « Nous n’avons plus beaucoup de temps », Edgar Morin « Je demande aux jeunes de lutter contre toutes les forces de haine ou de mépris ».
Nous pouvons encore résister.
