Qui était Marc Bloch ?
Marc Bloch est né en 1886 et est mort fusillé par les Allemands le 17 juin 1944. Marc Bloch est d’abord connu en tant qu’historien, en tant que médiéviste reconnu, mais aussi pour avoir cofondé avec Lucien Febvre l’école des Annales. En ajoutant à la réflexion et à la recherche des historiens et des historiennes la transdisciplinarité, il a révolutionné la manière de conceptualiser et de faire de la recherche en histoire. Il est sorti de l’histoire uniquement politique et militaire pour entrer dans une histoire du social, de l’économie, qui s’inscrivait dans le long terme. Par exemple, en allant sur le terrain, en observant, comme lorsqu’en prenant le train et voyant tous ces champs et ces plaines cultivées, il s’est demandé comment en était-on arrivé là, et a donc travaillé notamment sur l’agriculture au Moyen-Âge.
Son apport historique et son apport dans la recherche et dans ce domaine sont essentiels, mais ce n’est pas le seul apport de Marc Bloch à la société. Car Marc Bloch, juif, privé de ses droits par l’extrême droite de Vichy et de l’Allemagne nazie, réfugié en zone libre, va rentrer dans la clandestinité en 1943 et gagner la résistance auprès des mouvements comme celui des francs-tireurs et les mouvements unis de la résistance, où il aura des responsabilités importantes et où il combattra le fascisme et défendra les valeurs dans lesquelles il croyait.
Marc Bloch est donc un intellectuel, mais plus que ça, c’est un intellectuel engagé. Et voilà ce qui est très important chez lui. Au-delà de la pensée, au-delà de la théorie, il y a l’engagement. L’engagement pour des valeurs, l’engagement dans un moment de crise. Alors que l’Allemagne contrôle la France, alors que l’on génocide les Juifs dans les camps d’extermination, Marc Bloch, aux côtés de ses compagnons, prend les armes pour dire non au fascisme et pour défendre la République dans laquelle il croyait profondément. C’est avant tout ça que représente Marc Bloch. L’intellectuel qui se bat, l’intellectuel en lutte.
Pourquoi la panthéonisation de Marc Bloch est importante ?
La panthéonisation de Marc Bloch fait suite au 80e anniversaire de la libération de la France. Elle s’inscrit dans la volonté de faire rentrer au Panthéon des résistants, des résistantes, comme Missak Manouchian et sa femme l’avaient été auparavant, et comme donc Marc Bloch et sa femme Simone y sont rentrés ce 23 juin 2026.
Cette panthéonisation est très importante parce qu’elle représente un symbole. Elle représente un symbole de la résistance, de la lutte. Elle représente un symbole de l’antifascisme. Car oui, ce sont bien les valeurs républicaines et les valeurs antifascistes qui sont portées à travers Marc Bloch. Marc Bloch s’est battu contre le fascisme et il en est mort. Il s’est battu pour la République, pour les idéaux de liberté, d’égalité dans lesquels il croyait, et de solidarité.
Car à l’époque, il n’y a pas plus fort comme acte de liberté et de solidarité entre êtres humains que celui de s’engager dans la lutte armée, dans la résistance. Cette panthéonisation est un symbole qui doit être envoyé à tout le monde, et notamment à la jeunesse, montrer pourquoi est-ce que l’on peut s’engager, pourquoi est-ce qu’il est important de réfléchir, pourquoi est-ce que dans les temps de crise, dans les temps de violence, il est important de prendre position, de ne pas rester neutre et de lutter.
Car c’est là aussi un élément essentiel : le refus de la neutralité. Marc Bloch, comme d’autres résistants, fait le choix de l’engagement contre un ennemi beaucoup plus puissant, y compris au péril de sa vie. C’est ce refus de l’indifférence qui donne tout son sens à son combat.
C’est cette passivité face à la montée du régime nazi qui a conduit l’Europe à la guerre et aux catastrophes que l’on connaît. La Seconde Guerre mondiale, avec son cortège de violences et de génocides, est aussi le résultat de ces années de renoncements et de complaisance face au fascisme.
Marc Bloch, c’est aussi, évidemment, un devoir de mémoire. Sa panthéonisation s’inscrit dans le devoir de la mémoire collective pour ne pas oublier ce qu’il s’est passé pendant la Seconde Guerre mondiale, ne pas oublier ce qu’a été le fascisme, et pour honorer une figure de la résistance qui représente notre mémoire collective sur cette partie de notre histoire. Son combat a évidemment des échos avec luttes actuelles.
Marc Bloch représente ces valeurs-là, à la fois dans son travail intellectuel, mais dans son engagement militant aussi.
Pourquoi le Rassemblement national n’était pas présent à la panthéonisation ?
Alors pourquoi la petite-fille de Marc Bloch, Suzanne Bloch, a-t-elle refusé la présence du Rassemblement national à la cérémonie ? Pourquoi le Rassemblement national et pas un autre parti ? Et pourquoi après a-t-elle notamment posé en photo avec la France insoumise ?
Suzanne Bloch, comme l’était son grand-père, est quelqu’un d’averti, de réfléchi, qui à la fois par son passé familial, mais aussi par sa propre réflexion, son propre cheminement politique et intellectuel, a bien compris les dangers du fascisme et a su le reconnaître là où il était dans le Rassemblement national. Comment celle-ci pourrait accepter de voir à la panthéonisation de son grand-père ceux qui hier l’ont fait tuer ?
Car oui, il faut le rappeler, le Rassemblement national descend directement de Waffen SS et de collabos, et est par ce fait un parti héritier du nazisme, qui certes cherche aujourd’hui à faire bonne figure et à montrer patte blanche, mais dont malgré la vitrine attrayante pour certains, n’a pas changé en arrière-boutique. Contrairement à ce qui est raconté, c’est bien un collabo d’extrême droite, proche de Doriot, qui a dénoncé Marc Bloch, ce qui a mené à son arrestation puis à sa mort.
Au Rassemblement national on s’offusque de ne pas être présent à la panthéonisation. On dit que la petite-fille de Marc Bloch, Suzanne, ne respecte pas la mémoire de son grand-père, ou alors qu’elle ne connaît pas bien l’histoire.
Or, c’est précisément l’inverse. C’est parce qu’elle connaît l’histoire qu’elle a eu le courage et la force de refuser la présence du Rassemblement national à la panthéonisation de son grand-père. Et par ce fait, par cet acte-là, elle réaffirme de nouveau les valeurs qui étaient celles de Marc Bloch et de sa femme Simone, à savoir l’attachement aux valeurs de la République, l’attachement aux libertés, à l’égalité, à la solidarité et la lutte antifasciste, point.
Le RN a déjà démontré à plusieurs reprises qu’il ne s’inscrivait pas dans les valeurs de liberté, que dès qu’il le pouvait, et on l’a vu dans certaines villes où celui-ci avait la tête de la mairie, que dès qu’il le pouvait, il restreignait les libertés des opposants, que ce soit en excluant les syndicats, en excluant certaines associations, en coupant les financements, qu’il n’était pas pour l’égalité, en voulant créer certains droits uniquement pour ceux qui seraient des Français de souche, à entendre des Français purs, alors que d’autres ne le seraient pas, ce qui est une forme d’exclusion, de racisme, la même exclusion qui a mené au génocide des Juifs.
De même, le RN n’a aucun sens de la solidarité, ni de la solidarité nationale, ni de la solidarité internationale, et n’a de cesse de soutenir les violences de haine partout où elles sont.
La panthéonisation de Marc Bloch, c’est donc ce symbole de la lutte antifascisme et de l’attachement à la République.
C’est un événement important aussi bien historiquement que pour nos luttes à nous et le geste important de sa petite-fille a rendu encore plus forte cette panthéonisation qui n’aurait eu aucun sens avec la présence de l’extrême droite.
Thomas Santoni.
NDLR : Pour en savoir plus sur le pitoyable traitement médiatique de cet évènement : Marc Bloch au Panthéon : l’éditocratie gâche la fête (https://www.acrimed.org/Marc-Bloch-au-Pantheon-l-editocratie-gache-la)
